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Le musée Calvet | ||||
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Joseph-Ignace de Villeneuve-Martignan, élu en 1735 à vingt-deux ans au conseil de ville avait décidé un an auparavant de transformer lancien logis de sa famille, confiant les premiers travaux à larchitecte Thomas Lainée. En 1738, il devient premier consul et engage, trois ans plus tard, larchitecte Jean-Baptiste Franque et son fils François pour bâtir une demeure qui est encore aujourdhui le plus bel hôtel seigneurial dAvignon. Ruiné, il est contraint dinterrompre les travaux en 1754 et loue le rez-de-chaussée. Le bâtiment passera ensuite de mains en mains et sera transformé après la Révolution par ses propriétaires successifs jusquen 1833. La Ville dAvignon lacquiert alors pour y loger le musée municipal, trop à létroit dans lancien couvent Saint-Martial.
Si on lit difficilement ce qu’était l’économie générale de l’hôtel dans l’édifice actuel, on sait néanmoins que la cour d’entrée était fermée sur la rue par une porte de bois remplacée dès 1886 par l’actuel ouvrage de fer forgé dû au talent du ferronnier avignonnais Noël Biret. Lentrée principale était située au centre, en haut dun perron pentagonal. Au dessus de la porte figurent encore les armes de Villeneuve-Martignan et de son épouse, Henriette-Victoire de Sade. On trouvait à gauche les écuries, et à droite une aile d'appartement. On pénètre aujourdhui par le côté gauche, et lon peut voir encore dans le salon daccueil du musée un bel exemple de voûte plate, une spécialité des Franque qui furent à lécole de larchitecte de Versailles, Jules Hardouin-Mansart. De ce salon ou de la galerie basse, on passe dans lescalier, superbe exemple douvrage suspendu comme il en existe plusieurs à Avignon : bâti en pierre de Barbentane bleutée et en pierre de Fontvieille blanche, sa bichromie a inspiré la restauration du décor de stucs du plafond. Il mène au premier étage de lhôtel, autrefois lappartement, mais dont la construction de la galerie Vernet, en 1833, a détruit lordonnance. Laile principale de l’hôtel présente néanmoins, au rez-de-chaussée, cinq salons en enfilade dont les fenêtres sur le jardin ont conservé leurs embrasures sculptées, et pour deux dentre eux les plafonds de stucs dorés ou peints, lun avec des dragons chinois, lautre sur le thème de la musique. Ces pièces en restauration -elles seront ouvertes en 2005- bénéficient dun éclairage optimal grâce à lorientation est-ouest de laile qui abrite aussi le jardin des fureurs du mistral. Laile est elle-même bâtie sur des caves voûtées qui accueillaient les cuisines et un puits encore en eau. La façade sur le jardin est dun très beau dessin : un seul étage orné de hautes fenêtres à frontons classiques rythmé de pilastres ioniques par paires, repose sur un rez-de-chaussée scandé de pilastres doriques. Une simple balustrade cache le toit de tuiles romaines et donne à lensemble une allure à la fois palladienne et très versaillaise.
Laile au fond du jardin a été construite au XIXe s. ; elle abritera les riches collections darchéologie du musée en 2006. Lhôtel de Villeneuve-Martignan enserre au nord un autre hôtel du XVIIe s., dit de Montlaur, dans lequel seront présentées les collections de préhistoire et celles de ferronnerie données par Noël Biret. Enfin, sur un ancien espace de remise a été édifié par larchitecte Philippe Dubois, en 1991, une aile moderne qui offre une jolie vue sur la cour nord de lhôtel, autrefois cour de service. Le Musée et lhôtel où il est logé ont longtemps été célèbres pour les paons qui peuplaient le jardin : ceux-ci regagneront leur séjour lorsque les travaux de restauration seront achevés, probablement en 2005-2006.
Une riche collection de préhistoire concerne essentiellement le Vaucluse. Couvrant les périodes du néolithique au XXe s., le musée Calvet, héritier des cabinets de curiosités de jadis, possède le fonds majeur concernant le vieil Avignon, ainsi que lune des plus belles collections dart français. Son statut même est particulier : musée municipal, il bénéficie du soutien dun conseil dadministration dit Fondation Calvet, qui gère les revenus dun patrimoine foncier important. Ce système, imaginé par Esprit Calvet en 1810, permet encore aujourdhui lacquisition duvres dart et la publication douvrages scientifiques. Le musée était jusquen 1984, géré avec la bibliothèque municipale. La séparation des deux institutions a ouvert depuis la possibilité dun regroupement de toutes les uvres du musée dans le seul hôtel de Villeneuve-Martignan. Les travaux en cours devant sachever en 2006, une partie seulement des collections est visible : peintures, sculptures, objets dart. Des expositions temporaires sont organisées dans le musée, sur des thèmes en rapport avec ses collections.
Aux uvres offertes par de très nombreux donateurs (Esprit Calvet le premier, puis Esprit Requien, Edouard Raynolt, Marc Deydier, Noël Biret, Auguste-Louis Catelan, Joseph Rignault, Victor Martin et, aujourdhui Marcel Puech) se sont ajoutées des acquisitions et des dépôts de lEtat. De cet ensemble se dégagent plusieurs lignes de force. En peinture, une présence remarquable des paysages, du XVIe s. au XXe s., parmi lesquels ceux de Jospeph Vernet et dHubert Robert ; un grand nombre de portraits XVIe XVIIIe s. ; un fonds allant du néoclassicisme au romantisme où dominent David (La Mort de Bara) ; Horace Vernet (Mazeppa aux loups) ; C. Vernet (Carnaval romain) ; Géricault (Portrait de femme). Les artistes de Provence sont bien représentés avec Simon de Châlons, Nicolas Mignard et son fils Pierre II Mignard, les Parrocel, Joseph Vernet déjà cité et, pour la période moderne, Auguste Chabaud. La peinture religieuse, encore peu visible, compte plusieurs tableaux provenant des églises dAvignon, tandis que les plafonds de lancien Hôtel de ville peints par Philippe Sauvan, et des uvres venues dhôtels particuliers témoignent de la richesse des décors civils avignonnais. Enfin, lart italien est largement présent, tant dans les domaines de la peinture (Luca Giordano, Pietro Ricchi et létonnant trompe-lil dAntonio Forbera : Le chevalet du peintre) que de la sculpture (Francesco Laurana, Giambologna). Les Espagnols (Luis de Morales) et les écoles du Nord (Frans II Francken, Jan Cossiers) voisinent avec une belle série de natures mortes flamandes, françaises (Pierre Dupuis) ou italiennes. Enfin, les révolutions picturales du XIXe s., Chassériau (La Nymphe Endormie), Daumier, Corot, Manet (Nature morte au chapeau espagnol), Sisley (L'église de Moret), ouvrent la voie à des peintres plus radicaux encore : Vlaminck (Sur le zinc), Chaïm Soutine ou Albert Gleizes.
Dans la galerie Vernet sont présentés de beaux portraits sculptés par Jean-Baptiste II Péru, Boizot et Thorvaldsen. Pour le XIXe s., on remarquera la Tête dOreste par Francisque Duret, la Cassandre mourante de James Pradier. Les donations faites par Marcel Puech en 1986, 1996, 1998, 1999 et 2000 sont présentées dans plusieurs salles : la collection dorfèvrerie des XVIIe et XVIIIe s. compte des pièces françaises méridionales, parisiennes et espagnoles (aiguières, flambeaux de procession, fin XVIe). Dans la Méridienne voisine est présentée une banquette Louis XVI, une peinture d'Hubert Robert et deux bustes italiens du XVIIIe siècle, Cléopâtre et Lucréce.
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