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De la place de l’Horloge à la maison Jean Vilar

La promenade Joseph Vernet, tracée dans la partie occidentale de la ville, tient son nom du peintre le plus célèbre d’Avignon connu pour ses marines, sa série des Ports de France, et qui réalisa presque toute sa carrière au service du roi. Elle s’équilibre autour de l’artère qui lui est dédiée et qu’elle emprunte dans sa plus grande longueur. Placé sous le signe de l’art, ce parcours s’attache à relier la plupart des musées.

Place de l’Horloge

Sous la place actuelle, le théâtre et l'Hôtel de Ville s’étendaient à l’époque romaine, le forum antique. Simple carrefour durant le haut Moyen Age, c’est néanmoins là que se tenait le marché principal de la ville avec sa boucherie et son herberie. Lorsqu’en 1447 les consuls installèrent la maison commune dans les anciens bâtiments de la livrée d’Albane, le besoin se fit très vite sentir d’élargir la place. Le chantier qui débuta alors allait durer jusqu’à la fin du XIXe siècle. Le dégagement des abords de la maison commune dans la deuxième moitié du XVe siècle commença à structurer plus lisiblement la place. A la fin du XVIIe siècle, la vieille boucherie était remplacée par un nouvel édifice dû à Pierre Mignard, mais détruit soixante ans plus tard.

C’est sur un projet d’embellissement de Jean-Baptiste Franque, qui reçut alors un début d’exécution, que la place s’élargit encore au XVIIIe siècle. De 1791 à 1793, quelques maisons étaient abattues au sud, et la place fut baptisée " Place de la Révolution ". En 1823, on détruisit l’ancien couvent Saint-Laurent pour construire à cet endroit le nouveau théâtre ; trente ans plus tard, le nouvel hôtel de ville fut élevé à ses côtés. Le second Empire et la Troisième République donnèrent à la place son aspect définitif par l’alignement des immeubles au sud – aboutissement de la nouvelle percée haussmannienne –, la plantation de platanes en 1860 et l’érection en 1891, du monument commémoratif du rattachement d’Avignon et du Comtat Venaissin à la France, dû au sculpteur Félix Charpentier (aujourd’hui aux allées de l’Oulle). Le déplacement de ce monument et la destruction de l’îlot au nord de la place, ont altéré cependant son harmonie générale.

L’Hôtel de ville

C’est en 1447 que les consuls d’Avignon rattachèrent aux bénédictines de Saint-Laurent le bâtiment gothique de l’ancienne livrée d’Albane pour en faire la maison commune et transformer la tour de cette livrée en beffroi ; mais ce n’est qu’au XIXe siècle que le conseil municipal décide de doter la cité d’un véritable hôtel de ville. C’est l’architecte de la ville, Joseph-Auguste Joffroy, qui en dessina les plans. Pour rehausser la façade qui manquait de relief, l’architecte Feuchères y ajouta un balcon porté par des colonnes corinthiennes et augmenta le nombre de colonnes à l’intérieur du péristyle.

Ce projet fut au cœur d’une vive polémique qui opposa la municipalité à l’un des grands défenseurs du patrimoine local, Esprit Requien, soutenu par Prosper Mérimée. La première pierre fut posée le 29 mars 1845 et, durant les travaux, les services municipaux furent installés dans l’ancien Hôtel des Monnaies. La construction ne fut totalement achevée que dix ans plus tard, en 1856. L’édifice fut cependant inauguré le 24 septembre 1851 par le président de la République, le prince Louis Napoléon Bonaparte, Paul Poncet étant alors maire de la Ville. Le style étant composite et change selon les niveaux : arc en plein cintre surmonté de tympans de deux volutes au rez-de-chaussée ; série de fenêtres carrées à l’entresol ; fenêtres de styles classique surmontées de frontons triangulaires et séparées par des pilastres au premier étage. Le coût total de la construction s’éleva à 628 000 francs. De l’ancienne livrée cardinalice, il ne reste donc que la tour sur laquelle fut installée un campanile en 1471, une horloge qui donna son nom à la place et les statues de jacquerie et de son épouse qui sonnent les heures (les statues actuelles furent placées en 1856).

La municipalité Pourquery de Boisserin décida l’embellissement de l’hôtel de ville par la décoration de la salle des fêtes confiée à un ornemaniste de Montpellier, Edouard Lefèvre, et à des peintres locaux (Meisonnier, Jules Flour, Lina Bill, Clément-Brun). Les quatre groupes de personnages entourant les portes d’honneur et celui des Lutteuses sont dus au ciseau de Félix Charpentier – le dernier surmonte la cheminée monumentale de cette immense pièce de plus de quatre-vingt mètres de long. En 1978, l’annexe de l’hôtel de ville était aménagée rue Racine, derrière l’immeuble. Elle a été construite sur l’emplacement de ce qui avait été au début du XIXe siècle, le local des Amis du roi et, à partir de 1840, l’ancienne gendarmerie d’Avignon.

Tour du Jacquemart

Seul vestige de la livrée du XIVe siècle, devenue hôtel de ville dès 1447, la tour du jacquemart est englobée dans les bâtiments du XIXe siècle. Ce parti fut critiqué par Prosper Mérimée : " On conserve la tour, écrivit-il, comme on conserve les perdrix à Pithiviers, en les mettant dans un pâté dont seul le cou passe dehors".

Les armoiries sculptées et peintes à une clef de voûte attestent de l’identité du constructeur, le cardinal Audoin Aubert, neveu du pape Innocent VI. Elevée après 1352 (et avant 1363), la tour du jacquerie conserve sur deux niveaux des restes de décor peint (fausses tentures, rinceaux). Des culots sculptés et deux carrelages vernissés remontent également à l’origine de la construction. L’installation de l’horloge (qui a donné à la tour l’un de ses vocables, et son nom à la place) et d’un premier jacquemart (remplacé par les actuelles statues de bois peint) remonte à 1471.

Théâtre municipal

Avignon entretient avec le théâtre et l’opéra des rapports très particuliers. Le goût de la musique y est répandu depuis au moins le XIVe siècle et les activités du théâtre municipal, au XIXe siècle, ont joué un rôle essentiel dans la vie locale. N’utilisant que des salles de fortune, des jeux de paume souvent transformés pour la circonstance, ce n’est qu’en 1732, à l’aide de fonds privés, qu’une société fit édifier la première comédie (place Crillon). Au XIXe siècle, cette salle étant jugée trop petite et inadaptée, la ville décida la construction d’un nouvel édifice sur l’emplacement de l’ancien couvent des dames de Saint-Laurent.

Cette première construction achevée en 1825, présentait une façade plate de style gréco-romain formée de deux colonnades superposées et surmontées de huit statues allégoriques ; elle était l’œuvre de deux architectes d’Avignon, Bondon et Frary. Elle fut détruite par un incendie en 1846 – Franz Liszt y avait donné un concert quelques mois plus tôt. Une nouvelle construction fut alors immédiatement entreprise et confiée à deux architectes : Théodore Charpentier, de Lyon, et Léon Feuchères de Nîmes.

Terminé en 1847, cet édifice possède une grâce certaine et participe fort bien au dessin général de la place de l’Horloge. Une grande arcade occupe le premier étage, surmontée d’un tympan décoré en son centre d’une tête d’Apollon. Elle domine toute la façade et s’appuie sur l’avant-corps du péristyle rythmé par une série de colonnes séparant trois arcs en plein cintre. Sous l’arc, deux enfants couchés entourent les armes de la ville. Au-dessus des deux portes latérales qui donnent sur la loggia, des médaillons représentent Pétrarque et le roi René. Au pied de l’édifice, de part et d’autre du grand escalier, deux grandes statues figurant Molière et Corneille assis dans un fauteuil sont les seules œuvres dues à des sculpteurs locaux, les frères Brian. Les originaux (aujourd’hui au Thor) ont été remplacés au début du XXe siècle par des copies réalisées par le sculpteur avignonnais Jean-Pierre Gras.

A L'intérieur la salle est à l’italienne avec un parterre et quatre séries de galeries. Le plafond, très soigneusement décoré par des artistes parisiens spécialistes réputés des opéras (Diéterles, Séchan, Desplechin), évoque par une suite de tableaux les principaux poètes et musiciens du XVIIIe siècle et du début XIXe. En juillet, durant le Festival, il est un des lieux de représentation les plus prisés.

En contournant l'Hôtel de ville, nous rejoignons le chevet de l'église Saint-Agricol. Les vestiges en contrebas sont les soubassements d'importants édifices romains, bordant le forum, mis au jour en 1977 lors des terrassements nécessaires à la construction de l'annexe de la mairie. Nous revenons sur la place de l'Horloge. Au bas, à droite, s'ouvre la rue Saint-Agricol au début de laquelle nous empruntons la petite rue Emile-Espérandieu pour nous rendre au Palais du Roure.

Nous rejoignons la place de la Préfecture par la rue Collège-du-Roure.

Hôtel Forbin de Sainte-Croix et Hôtel Desmarets de Montdevergues

Depuis 1822, la préfecture de Vaucluse est installée dans l’hôtel de Forbin de Sainte-Croix. Sur cet emplacement, à la fin du XVe s., le cardinal Julien de la Rovere, futur Jules II, avait fondé dans l’ancienne livrée de Poitiers, le collège du Roure réuni en 1709 au collège d’Annecy. L’hôtel est élevé à partir de 1718 par l’architecte J.-B. Franque. On remarque la belle porte à double vantaux réalisée par Thomas Lainée et les ferronneries d’origine à l’étage noble.

En vis à vis se trouve l’hôtel Desmarets de Montdevergues qui abrite depuis la fin du XIXe s. le conseil général de Vaucluse. L’immeuble, édifié en 1710 par F. et J.-B. Franque, a vu sa façade refaite en 1755 par François II Franque. Le décor du grand fronton triangulaire présente des oiseaux des marais, armes parlantes des Desmarets de Montdevergues, propriétaires en 1785.

Une incursion dans la rue Dorée, à gauche de l'hôtel du Département, nous permet d'aller voir l'hôtel de Sade.

Hôtel de Sade

L’hôtel de Sade, du nom de ses premiers propriétaires, est rebâti par Thomas de Gadagne en 1536 et 1537. Il revient à la famille de Sade entre 1741 et 1766. Abusivement restauré au XIXe s. et au XXe s., il abrite divers services municipaux avant d’être remplacés par ceux du Conseil général.

En face, le Département a fait réaliser en 2000, par Agnès Saint-Gal de Pons, un décor peint monumental évoquant les papes d’Avignon d’après des tableaux d’Henri Serrur exécutés en 1839. Clément V s’installe à Avignon en 1309. Jean XXII réaménage le palais épiscopal. Benoît XII édifie le Palais Vieux et Clément VI, qui achète la ville à la reine Jeanne de Naples en 1348, le Palais Neuf. Innocent VI et Urbain V élèvent les remparts. Grégoire XI ramène la papauté à Rome en 1376. Clément VII et Benoît XIII se succèdent encore à Avignon lors du Grand Schisme.

Revenu sur la place de la Préfecture nous prenons au bas, à gauche, la rue Bouquerie pour parvenir au Plan de Lunel. Au n°1 nous rouvons le très bel hôtel de Laurens dont la modernisation de la façade et le magnifique escalier furent réalisés entre 1678 et 1683, vraisemblablement par Louis-François de la Valfenière ; au n°4, l'hôtel d'Ancezune, fondatrice du Noviciat des Jésuites. La rue Petite Calade où nous nous engageons porte encore le nom du pavage en galets du Rhône, la calade, employé depuis le XIIIe siècle à Avignon. Notre parcours se poursuit en prenant, à droite, la rue Félix-Gras. Nous longeons bientôt le mur de la chapelle des religieuses dominicaines de Sainte-Praxède édifiée en 1430. Au bout de la rue, nous parvenons à l'église Saint-Agricol.

Collégiale Saint-Agricol

Agricol, fils de saint Magne, évêque d’Avignon entre 650 et 660, lui succéde sur le trône épiscopal de 660 à 700. Ce saint évêque, qui aurait donné sa maison pour établir une église en ce lieu, est élu comme l’un des patrons de la ville en 1647. Le pape Jean XXII fait reconstruire l’édifice et l’érige, en 1322, en collégiale. A la fin du XVe s., une importante campagne de travaux voit la reprise des voûtes et l’adjonction d’une travée. La nouvelle façade, ornée d’un gable en accolade typique du gothique provençal, est agrémentée d’une Visitation, statues réalisées par le sculpteur lorrain Ferrier Bernard. L’intérieur abrite un grand retable de style renaissant sculpté par Imbert Boachon en 1525 pour les Doni, une belle chapelle réalisée par J.-B. Péru en 1703 pour les Brantes et divers tableaux des meilleurs peintres d’Avignon.

Chapelle des Templiers

A deux pas de l’ancienne librairie Roumanille, fondée par le félibre Joseph Roumanille, se trouve la chapelle des Templiers, seul vestige de la commanderie des chevaliers de l’Ordre du Temple qui se sont établis à Avignon à la fin du XIIe s. Cette chapelle, édifiée en 1273, est composée d’une nef unique sur quatre travées d’ogives. Elle est considérée comme le plus ancien édifice gothique du Midi de la France. Après la dissolution de l’Ordre par Clément V, en 1312, l’ensemble des bâtiments est attribué aux hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem. Au XIXe siècle, l’ancienne commanderie, devenue l’hôtel du Louvre, appartient au félibre Anselme Mathieu. Le Félibrige, fondé en 1854 par un groupe de poètes provençaux ralliés autour de Frédéric Mistral pour le maintien de la langue et des traditions du pays d’Oc, y organise de mémorables banquets.

La rue Petite-Fusterie où nous pénétrons possède de nombreux hôtels particuliers. Au n°3, l’hôtel Isnard ; au n°2, l’hôtel de Brantes, de la fin des années 1680, et qui pourrait être de Pierre II Mignard. Aux n°17-19, l’hôtel de Tonduty-Lescarène et, au n°21, l’hôtel de Saint-Priest, édifié après 1760 par Jean-Baptiste II Péru. Dans la Rue Saint Etienne où nous arrivons, se dresse face à nous la maison du notaire Cairanne, réalisée en 1748 par Jean-Baptiste et Jean-Pierre Franque. De l’autre côté de la Rue, au n°17, s’élève l’hôtel de Pertuis de Montfaucon érigé en 1784. Le n°18 est occupé par l’originale maison aux ballons dans laquelle Joseph de Montgolfier aurait conçu l’idée de l’aérostat en faisant sécher sa chemise sur un feu. Quelques mètres plus loin une façade gothique, signale la maison des Forli édifiée dans la seconde moitié du XVIème s.

Nous prenons, à droite, la rue de la Grande Fusterie. Aux n°8-10, l’hôtel de Tertulle, bâti au XVème s. par un ami du roi René, fut reconstruit en partie par Jean-Baptiste Franque en 1740. Au n°29, nous remarquons la façade gothique de l’ancienne hôtellerie du Chapeau-Rouge connue au XIVème s. Nous tournons deux fois à gauche en prenant la rue Limasset, puis la rue du Limas (lat. Limaceus, boueux). Ce quartier s’est édifié dans l’ancien lit du Rhône au pied des remparts ; très tôt s’y installèrent les fustiers qui y débitaient le bois de construction et de charpente arrivant à Avignon par flottaison.

La place Crillon où nous arrivons est dédiée à un héros avignonnais, le brave Crillon. Elle a également porté le nom de Place de la Comédie. Elle s’ouvre sur le Rhône par une brèche qui a remplacé, en 1900, la porte de l’Oulle réédifiée par Jean-Baptiste Franque en 1785. C’est dans l’hôtel du Palais-Royal, actuel n°21, que fut assassiné en 1815 le maréchal Brune.

Comédie, place Crillon

Jusqu’au XVIIIe s, Avignon n’a pas de théâtre et les représentations sont habituellement données dans des jeux de paume. Celui qui a appartenu au peintre Nicolas Mignard s’effondre en 1732. Aussitôt une société par actions se forme afin de construire une véritable salle de spectacle. Elle acquiert l’ancien jeu du Mail, fréquenté par Louis XIV lors de sa venue à Avignon en 1660, et confie à Thomas Lainée le soin d’en établir les plans.

La façade seule subsiste. Elle se compose de deux avant-corps, à l’origine aveugles et décorés de grands tableaux sculptés, campés de puissants pilastres, qui soutiennent un fronton sans base. La porte est surmontée d’un entablement ondé et d’une gloire rayonnante.

Première salle « à l’italienne » d’Avignon, elle est utilisée jusqu’à l’édification d’un nouveau théâtre, place de l’Horloge, en 1825.

Par la rue Folco-de-Baroncelli nous rejoignons la rue Joseph-Vernet. L’angle est marqué par une demi-tour ronde portant un œil-de-bœuf de style Renaissance. Cette rue des XVIIème et XVIIIème s. épouse le tracé de l’enceinte des XIIème et XIIème et occupe les lices ménagées entre deux lignes de remparts. Elle présente un nombre considérable de demeure aristocratiques. Aux n°7-9 et 11 nous admirons la seconde façade, toute d’équilibre, de l’hôtel de Tonduty-Lescarène. Datée des années 1680, elle peut être attribuée à Pierre II Mignard. Nous nous arrêtons ensuite aux n°21-23, à la maison Bouchet. Bonaparte y résida en 1793 et y écrivit le célèbre Souper de Beaucaire pour servir la propagande jacobine.

Chapelle de l’Oratoire, 32, rue Joseph Vernet

On ignore tout du concepteur de la nouvelle chapelle des Oratoriens dont les travaux commencés en 1713, s’arrêtent en 1718. Par la suite plusieurs architectes se succédent : F. Delamonce, J.-A. Brun, J.-B. Péru père et fils. Le chantier est achevé par le père Léonard et l’église consacrée en 1750. La nef, elliptique, est couverte d’une immense coupole de même plan dont les pénétrations sont percées alternativement de fenêtres et d’oculi. L’entablement repose sur des pilastres corinthiens décorés de faux marbre. Autour, entre les contreforts, rayonnent le chœur, le vestibule et des chapelles.

Après avoir été club patriotique pendant la Révolution, dépôt de poudre, propriété du ministère de la Guerre, l’église est rendue au culte en 1825. Elle est aujourd’hui la chapelle de l’aumônerie du lycée Frédéric-Mistral.

Au n°34, de la rue Joseph-Vernet, se trouve l’hôtel de Suarez d’Aulan, transformé en collège. Les n°33 et 35, édifiés pour le comte de Rochefort en 1774, portent l’empreinte de Jean-Pierre Franque. La rue Victor-Hugo dans laquelle nous nous engageons, sur la gauche, occupe avec les rues adjacentes l’emplacement de l’ancien couvent des Dominicains. Cette rue abrite le musée Louis-Vouland. Au bout de la rue nous tournons à gauche afin de retourner par la rue d’Annanelle dans la rue Joseph-Vernet où sont établis, côte à côte, le musée Calvet et le musée Requien.

Musée Louis-Vouland - Hôtel de Villeneuve-Esclapon

La Révolution et les années qui suivent ont raison du vaste couvent des Dominicains qui occupait tout ce quartier. A partir de 1840, sur les terrains dégagés, nobles et bourgeois édifient de spacieux hôtels particuliers.

Le musée Vouland occupe pour sa part l’hôtel de Villeneuve d’Esclapon, édifié vers 1885, dont la plus élégante façade domine un agréable jardin au midi.

En 1927, l’hôtel est acheté par un riche industriel de l’alimentation, Louis Vouland, pour en faire sa résidence principale. Cet amateur éclairé rassemble une riche collection de meubles et d’objets, privilégiant les XVIIe et XVIIIe s. A sa mort, en 1973, suivant ses volontés un musée, géré par une fondation portant son nom, est installé dans sa demeure afin de rendre ses collections accessibles au public, rare ensemble d’arts décoratifs dans le sud de la France.

Musée Calvet - Hôtel de Villeneuve-Martignan

En 1741, Joseph-Ignace de Villeneuve-Martignan confie à J.-B. Franque et à son fils François le soin de rebâtir la demeure familiale, souhaitant en faire le plus bel hôtel seigneurial d’Avignon. La construction est presque achevée en 1753 et le résultat grandiose : une cour d'entrée, une galerie, puis un jardin sur lequel se développe la somptueuse façade du bâtiment principal, toute d’harmonie.

En 1833, l’hôtel, acheté par la ville, est affecté au Musée Calvet. Cet établissement public, fondé par testament sur les collections et la fortune d’Esprit Calvet (1728-1810), auquel on a réuni en 1826 le premier musée de la ville formé par les saisies révolutionnaires, constitue aujourd’hui l’un des principaux musées de province français. En cours de réhabilitation, on peut voir actuellement l’ensemble des peintures et les exceptionnelles donations de Marcel Puech.

Musée Requien - Hôtel Raphaëlis de Soissans

Le Musée d’histoire naturelle d’Avignon est installé depuis 1940 dans l’hôtel de Raphaëlis de Soissans dont seule la façade présente encore quelque intérêt patrimonial. Esprit Requien (1788-1851), mécène actif, doté d’un esprit universel, est considéré comme le second fondateur du Musée Calvet. Cet éminent savant botaniste et paléontologue, en rapport avec le monde entier, constitue des collections de référence qui composent la base du musée. Constamment enrichi par de nouveaux apports, il forme aujourd’hui un véritable établissement scientifique. Aux galeries permanentes, présentant la géologie, l’évolution de la vie et la faune du département, s’ajoutent de fréquentes expositions temporaires à thème. Une bibliothèque, riche de dix-huit mille volumes, et une équipe compétente sont à la disposition des chercheurs et des curieux.

En face des musées Calvet et Requien nous remarquons, au n°58, l’hôtel de Bassinet dont la façade présente des panoplies d’armes, puis, au n°64, l’élégante maison du chanoine Rougier datant de la seconde moitié du XVIIIème s. L’immense façade qui se développe sur l’autre trottoir, au-delà de la rue Joseph-Vernet, a été réalisée en 1856 par Jean-Baptiste Reboul pour le négociant Joseph Vernet. Le fronton triangulaire qui coiffe l’avant-corps central porte dans un écusson, au milieu de la rue Saint-Charles un vestige des anciens remparts a été conservé.

Chapelle Saint-Charles

Il ne reste rien des bâtiments conventuels du grand séminaire Saint-Charles-de-la-Croix qui avaient été édifiés par Jean-Baptiste Franque entre 1718 et 1728. Toutefois, le grand portail d’entrée donne accès à un cloître inachevé et à la chapelle, constructions réalisées par François Franque à partir de 1749. La chapelle, consacrée en 1758, attire l’attention par ses couvrements, de la voûte plate de la tribune à celle en arc de cloître du chœur, à la stéréotomie (art de tailler et de poser les pierres) particulièrement soignée. Transformé en caserne à la Révolution, redevenu séminaire diocésain de 1824 à 1901, puis centre administratif du département, Saint-Charles est en grande partie détruit en 1955 pour faire place à une gendarmerie. Les éléments conservés ont été affectés dans les années 1980 au Service départemental d’archéologie.

Au bout de la rue Saint-Charles nous trouvons à gauche, compris entre la rue Violette et le boulevard Raspail, l’hôtel de Caumont, où est installé la Collection Lambert, et l’hôtel de Galéans-Gadagne.

Hôtels de Caumont et de Galéans-Gadagne

L’hôtel édifié pour J. de Seytres, marquis de Caumont, entre 1720 et 1733 est dû à l’architecte J.-B. Franque. Seul exemple avignonnais dhôtel à la parisienne, entre cour et jardin, il présente encore deux belles façades sobres. Les aménagements intérieurs ont été détruits par les utilisations postérieures : école normale, caserne en 1899, université en 1970. En 1999, l’édifice, offert par le département à la ville est aménagé pour accueillir la très riche collection d’art contemporain d’Yvon Lambert.

Plus modeste à son côté, l’hôtel de Galéans-Gadagne a été construit en 1751 sur les plans du même J.-B. Franque. La façade est dominée par un fronton triangulaire et s’ouvre sur le jardin par deux belles portes rejetées près des angles. Après avoir accueilli la faculté des lettres, le bâtiment abrite aujourd’hui l’école d’art d’Avignon.

Avant d’atteindre le cours Jean-Jaurès nous prenons, à droite, la rue du Portail-Boquier.

Noviciat des Jésuites Saint-Louis

Grâce aux libéralités de Louise d’Ancezune la construction du noviciat des Jésuites peut commencer en 1601. La chapelle, attribuable au frère Marlellange, est consacrée en 1611 sous le vocable de Saint-Louis. Ce petit édifice en forme de croix grecque est la première manifestation du nouveau style dans une ville encore toute gothique et présente la première coupole en deçà des Alpes. Les bâtiments, disposés en quadrilatère autour d’un vaste préau entouré de portiques, ont été réalisés à partir de 1623 par F. Royers de La Valfenière, puis par J. et J.-B. Péru, constructions échelonnées sur plus d’un siècle. Après la Révolution, l’établissement devient succursale des Invalides de Paris, puis hospice municipal à partir de 1852. En 1987, il est en partie affecté à un hôtel de prestige, le reste étant réservé à des activités culturelles.

Nous remontons ensuite, à gauche, le cours Jean-Jaurès. Au feu rouge, nous prenons à gauche pour un rapide aller-retour dans la rue Joseph-Vernet. Nos yeux se porteront tout d’abord sur la Caisse d’épargne qui occupe l’ancien hôtel Montillet, de 1880, auquel on a rajouté une rotonde en 1925.

Collège Saint-Nicolas d’Annecy

Egalement nommé Grand Collège, ce collège est fondé en 1426 par Jean Allarmet, cardinal de Brogny, dans l’ancien couvent de Notre-Dame-des-Fours. Après deux siècles de prospérité, malgré l’adjonction du collège du Roure en 1705, l’établissement décline, jusqu’à s’éteindre à la Révolution. Depuis 1901, les bâtiments sont propriété du Musée Calvet qui en a réalisé récemment la restauration. La porte est encadrée de pilastres ioniques surmontés d’un fronton cintré. La cour a conservé son esprit de cloître grâce à Pierre II Mignard qui, entre 1704 et 1705, en a repris les façades en superposant deux rangs d’arcades en plein cintre. Au nord, en arrière-plan, dominent une tour d’escalier édifiée par La Valfenière en 1642 et les murs gothiques de la chapelle à laquelle on accède par la rue du Collège-d’Annecy.

Revenus sur nos pas, nous remontons la rue de la République jusqu’à la rue Frédéric-Mistral.

Chapelle du collège des Jésuites - Musée lapidaire

Le collège des Jésuites, fondé en 1564, nécessite au XVIIe s. le remplacement de certains bâtiments vétustes. L’église, superbe témoignage d’architecture baroque, a été édifiée à partir de 1620 par F. Royers de La Valfenière sur un plan à nef unique vraisemblablement inspiré du frère Martellange. La façade présente deux étages séparés par une puissante corniche, la partie haute, plus raide, ayant été achevée après 1661 par un autre architecte. Le fronton triangulaire porte l’écusson de la Compagnie de Jésus. Après la Révolution, l’église ne redevient chapelle du lycée qu’en 1857. En 1933 elle est affectée au Musée Calvet pour y présenter les collections lapidaires. Ces antiques se composent aujourd’hui de sculptures et objets égyptiens, étrusques, grecs, romains et gallo-romains ainsi que de nombreux vestiges de l’antiquité avignonnaise. La rue Frédéric-Mistral est, dans sa presque totalité, occupée sur ses deux côtés, réunis au moyen d’un arceau, par l’ancien collège des Jésuites. Devenu après la Révolution un lycée d’Etat, il accueillit Frédéric Mistral et prit le nom de ce glorieux élève, chantre de la Provence, prix Nobel de littérature en 1904.

Au bout de la rue, nous nous engageons dans la rue du Laboureur où nous trouvons la livrée Ceccano, et le musée Angladon-Dubrujeaud

Livrée Ceccano

La livrée désigne à Avignon un palais édifié pour un cardinal. Celle d’Annibal de Ceccano, construite vers 1340, est acquise entre 1564 et 1569 par la ville pour y installer le collège des Jésuites qui accueille jusqu’à 1600 élèves au XVIIe s. et développe alors de nouvelles constructions. En 1768, les Jésuites sont chassés par le roi de France qui occupe la ville. L’établissement tenu par d’autres religieux se maintient jusqu’en 1791. Il est alors transformé en caserne. En 1810, il devient lycée d’Etat qui, sous le nom Frédéric Mistral, fonctionne jusqu’en 1960. La livrée, particulièrement défigurée a été restaurée entre 1981 et 1983. Elle a retrouvé son aspect originel de maison forte et l’intérieur présente un ensemble de décors peints d’un grand intérêt. L’édifice abrite depuis 1982 la Bibliothèque municipale.

Musée Angladon-Debrujeaud - Hôtel de Massilian

L’hôtel de Massilian, grâce à une restauration récente présente l’aspect chaleureux d’une habitation, conformément à la volonté des donateurs, Jean et Paulette Angladon-Debrujeaud, qui ont voulu offrir au public, dans leur demeure, l’héritage familial provenant du grand couturier parisien Jacques Doucet (1853-1929). Le musée, créé selon leur souhait et géré par une fondation, offre aux visiteurs une partie des biens engrangés par ce célèbre collectionneur et mécène. Au rez de chaussée est exposé un ensemble exceptionnel de peintures aux signatures illustres : Daumier, Degas, Sisley, Vuillard, Cézanne, Van Gogh, Picasso, Modigliani,... L’étage se présente comme un intérieur d’amateur d’art où, à côté de belles pièces d’arts décoratifs, on peut découvrir les travaux personnels des deux fondateurs. A l’extrémité de la rue Laboureur nous trouvons la place Saint-Didier où l’on dressait jadis l’échafaud en concurrence avec la place du Palais.

Collégiale Saint-Didier

Le nom de l’église Saint-Didier apparaît pour la première fois dans un texte en 1068. Grâce au legs du cardinal Bertrand de Déaux, mort en 1355 et inhumé dans le chœur, l’église devenue vétuste et exiguë, est entièrement rebâtie entre 1356 et 1359. Erigée rapidement, sans transformation notable depuis, elle forme un édifice homogène considéré à juste titre comme l’église la plus caractéristique du gothique avignonnais. L’intérieur, où subsistent dans la première chapelle nord des peinture murales de la fin du XIVe s., présente un ensemble d’œuvres d’art conséquent d’où émerge le haut relief du Portement de croix, sculpté par Francesco Laurana pour le roi René en 1478, qui provient de l’église des Célestins. Le clocher, également caractéristique, avec sa puissante tour coiffée d’une flèche octogonale à crochets, abrite un célèbre carillon.

A gauche de l’église Saint-Didier nous empruntons le passage couvert qui nous mène au plan Saint-Didier. Nous y trouvons la porte principale de l’église et le bel hôtel de Forbin de la Barben, à la façade sobre, édifiée vraisemblablement dans les années 1740. Nous remontons ensuite la rue Théodore Aubanel et nous prenons, à droite, la rue Figuière. Vers le milieu se trouve l’ancien hôpital Saint-Antoine, fondé au XIIIème s. Le grand poète français Alain Chartier fut inhumé en 1449 dans l’église aujourd’hui transformée en cinéma. Par la petite rue Saint-Antoine nous rejoignons la rue Galante où nous tournons à gauche.

Maison Palasse

A la fin du XVIe s. les maisons en encorbellement fort nombreuses à Avignon doivent être abattues par mesure d’hygiène. Celle du parfumeur François Palasse fait partie du lot, mais seule la façade est touchée. Les travaux sont exécutés entre 1679 et 1682 par Jean Rochas. Cette façade, très ornée, avec buste de femme, masques évoquant les quatre saisons, rinceaux, présente un décor quelque peu archaïque pour l’époque. C’est la réminiscence d’un style déjà vieux d’une quarantaine d’années qui peut s’expliquer par le fait que Rochas a beaucoup travaillé avec La Valfenière mort en 1667. Cette maison, avant appartenu au peintre François Palasse (1717-1791), est devenue propriété des époux Palun en 1910. Ceux-ci l’ont offerte en 1919 à l’Académie de Vaucluse dont elle constitue toujours le siège.

Il nous suffit d’aller tout droit pour regagner la place de l’Horloge. A droite, au milieu des cafés, s’ouvre la rue de Mons au fond de laquelle nous trouvons la Maison Jean Vilar.

Maison Jean-Vilar - Hôtel de Crochans

L.- H. de Guyon, doyen de la Rote, s’installe en 1671 dans une ancienne livrée cardinalice. A la fin du siècle, son fils, le seigneur de Crochans, en entreprend la reconstruction. Le portail d’entrée est édifié en 1680 par Pierre II Mignard. En 1823, l’hôtel de Crochans accueille Mgr de Mons et reste le siège de l’archevêché jusqu’en 1905. Devenu propriété de la ville en 1974, il est affecté en partie au Festival d’Avignon et en partie, en 1979, à la Maison Jean-Vilar. Cet établissement qui unit le département des Arts du spectacle de la Bibliothèque nationale et l’Association pour une fondation Jean Vilar, est dépositaire de l’œuvre du créateur du Festival d’Avignon en 1947 et témoigne de son apport au théâtre contemporain. Au-delà, son action s’ouvre sur les arts du spectacle par l’intermédiaire d’une bibliothèque, d’une vidéothèque et d’expositions.

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