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A La découverte de l'Intra-Muros
   


Départ de la place de l’Horloge

La place de l’Horloge est la grande place d’Avignon. Elle s’est constituée au fil des siècles par agrandissements successifs sur l’emplacement de l’ancien forum romain.

Les principaux monuments sont du siècle dernier. Le théâtre, devant lequel trônent Corneille et Racine, dû aux architectes Léon Feuchère et Théodore Charpentier, fut inauguré en 1847. L’Hôtel de Ville, édifié à la même époque entre 1845 et 1851, occupe l’emplacement d’une ancienne demeure cardinalice médiévale.

Cette « livrée », qui garda le nom de son dernier occupant, le cardinal évêque d’Albano, fut acquise en 1447 par les syndicats d’Avignon pour en faire la maison commune. De son lointain passé, la mairie a conservé sa vieille tour fortifiée, transformée dès le XVème siècle en beffroi, avec horloge et jacquemart, ce qui valut son nom à la place.

Dirigez-vous vers le Palais des Papes (direction Nord) par la place Puits des Bœufs et la rue Gérard Philippe.

Gérard Philippe (1922-1959), grande figure de l’art dramatique français qui connut des heures de gloire dans la Cour d’Honneur du Palais des Papes, permet d’évoquer le Festival d’Avignon créé en 1947 par Jean Vilar (1912-1971), reconnu aujourd’hui comme l’un des premiers festivals de théâtre du monde.

Vous êtes à présent sur la place du Palais, cœur du patrimoine historique d’Avignon.

Cette place, une des plus belles du monde, n’est pas née d’un projet d’urbanisme. Avant l’arrivée des Papes à Avignon, l’espace était entièrement occupé par des maisons que dominaient trois monuments attenants : la cathédrale Notre-Dame-des-Doms, l’église paroissiale Saint-Etienne et le palais épiscopal.

Au XIVème siècle, avec l’arrivée des souverains pontifes, la ville devient la capitale de la Chrétienté. Entre 1334 et 1352, sous les pontificats de Benoît XII et de Clément VI, le Palais s’érige, à l’emplacement de l’église Saint Etienne, du palais de l’évêque et de quelques constructions riveraines.

Au cours du Grand Schisme d’Orient, Benoît XII y est assiégé durant cinq années, entre 1398 et 1403, date à laquelle il réussit à s’enfuir. Dès son départ, le Palais et ses abords, toujours tenus par ses partisans, sont aménagés pour faire place à un éventuel second siège. C’est donc en 1404 que l’on rasa toutes les maisons qui se trouvaient devant la forteresse pontificale et que l’on créa ce vaste glacis de défense qui deviendra la place du Palais.

En remontant vers le nord cette grande esplanade, vous découvrez tout d’abord à votre gauche, l’hôtel des Monnaies, magnifique exemple de l’architecture baroque et certainement l’une des plus italiennes des façades d’Avignon. Les principaux éléments du décor (dragons et aigles) sont des pièces des armoiries des Borghèse, famille dont était issu le pape Paul V régnant alors à Rome (1619). Cet édifice abrite aujourd’hui le Conservatoire de Musique auquel on a donné le nom d’Olivier Messiaen, natif d’Avignon.

En face, vous pouvez admirer l’imposante façade du Palais des Papes. Monument à la fois majestueux et colossal, cette forteresse, unique par ses dimensions, est comme un symbole du pouvoir spirituel et temporel que l’Eglise s’est employée à affirmer au XIVème siècle sur tous les pays d’occident, sur leurs souverains, faisant d’Avignon le centre obligé, la capitale du monde chrétien. L’historien d’art, Camille Enlart estimait qu’il s’agissait d’un des plus beaux édifices du monde. Vous passez d’abord devant la partie la plus récente, le Palais Neuf, édifié par Clément VI entre 1342 et 1352, qui s’ouvre sur la place par un somptueux portail (porte des Champeaux). Vous découvrez ensuite le Palais Vieux (en retrait et plus austère) édifié par Benoît XII entre 1334 et 1342.

Avant d’entreprendre la montée qui va vous conduire à la cathédrale qui jouxte le Palais Vieux, et au Rocher des Doms, vous avez, au nord de la place, l’ancien palais des archevêques d’Avignon. Il s’agissait à l’origine de la livrée du cardinal Arnaud de Via, qui devint demeure des évêques en 1336. Ce Petit Palais prendra son aspect actuel à la fin du XVème siècle, grâce au cardinal Julien de la Rovère, légat du souverain pontife, premier archevêque d’Avignon et futur pape Jules II. Il abrite aujourd’hui un exceptionnel musée d’art médiéval et renaissant.

Traversez la place en son milieu et montez à présent vers le jardin du Rocher des Doms

L’ascension du Rocher des Doms étant un peu âpre, vous pouvez faire halte sur le parvis de la métropole Notre-Dame-des-Doms dont le centre est occupé par un calvaire érigé en 1819. La cathédrale date du XIIème siècle. Son porche à l’antique est caractéristique du roman provençal. Outre sa très belle architecture, avec reprises et additions aux siècles classiques, elle offre quelques très belles œuvres d’art et abrite les tombeaux de deux papes, Jean XXII et Benoît XII.

A droite de la cathédrale se dresse la masse imposante du palais de Benoît XII. Celui-ci est érigé sur l’emplacement de l’ancien palais épiscopal. De cette demeure de l’évêque, « domus épiscopales », il est vraisemblable que le rocher sur lequel elle était édifiée a hérité son nom sous la forme de « doms ».

Admirez la vue sur la ville et le pays de Villeneuve-lès-Avignon au-delà du Rhône. A vos pieds s’étale la place du Palais. Il faut savoir que le Rocher des Doms a été désigné comme le « berceau d’Avignon » et que sur ses pentes sableuses qui descendaient jusqu’au Rhône s’étalaient, à l’époque néolithique, il y a plus de 4000 ans, les nombreuses cabanes d’une véritable agglomération préhistorique. Les nombreuses découvertes archéologiques effectuées lors des travaux d’urbanisation montrent que ce site de l’Avignon primitif a toujours été occupé depuis cette époque lointaine. Ainsi Avignon peut prétendre au titre de plus vieille ville de France.

A la découverte du jardin du Rocher des Doms

Le jardin du Rocher des Doms, que nous vous invitons à parcourir maintenant, a été aménagé en 1830 au moyens de chantiers de charité destinés à subvenir aux besoins d’une foule de chômeurs touchés par la crise économique qui sévissait à cette époque. Cet espace agréable, planté de grands arbres, orné de pièces d’eau et de grandes terrasses desquelles vous pouvez admirer le panorama de la vieille cité et des environs, est en partie aménagé sur les réservoirs d’eau potable de la ville.

Jusqu’à cet aménagement en jardin, le Rocher des Doms avait l’allure des petites collines environnantes : le roc à nu parsemé d’herbe maigre où venaient paître des moutons, et où avaient été édifiés quelques moulins à vent, des chapelles, un fort. En 1544, à la suite d’une inondation, un cimetière y fut créé. En 1650, la foudre tomba sur la chapelle Saint-Martin où étaient entreposées les réserves de poudre de la ville. Les édifices situés sur le Rocher furent détruits, les toitures du Petit Palais soufflées. Lors de la grande épidémie de peste, en 1720, le rocher devint un lieu de promenade où l’on venait respirer l’air pur.

En 1865, l’un des réservoirs fut habillé d’une rocaille avec terrasse panoramique qui constitue le point le plus élevé du lieu.

Divers monuments ou statues animent cet espace, comme le Monuments aux Morts élevé en 1924, le cadran solaire analemmatique du à G. Bonnet en 1930, et la table d’orientation réalisée en 1974. Outre les bustes d’artistes locaux, il faut signaler la Vénus aux hirondelles ( 1898) aujourd’hui placée au centre du grand bassin et que l’on doit au sculpteur Félix Charpentier.

Autre statue à remarquer, celle érigée à la mémoire de Jean Althounian dit Althen qui introduisit la culture de la garance dans le Comtat-Venaissin au XVIIIème siècle. La garance, plante tinctoriale dont on tirait une belle couleur rouge, fit la richesse du département au XIXème siècle. La statue posée en 1847 fut fondue par l’ennemi durant la seconde guerre mondiale.

Celle qui la remplace fut inaugurée en 1988 et présente sur le socle un rappel du génocide des 1 500 000 arméniens tués par les Turcs en 1915.
Après cette promenade autour du Rocher, redescendez sur la place du Palais, à l’angle du
conservatoire prenez sur votre droite la petite rue de la Monnaie, puis encore à droite la rue de la Balance. Après un passage couvert, prenez à votre droite la rue du Puits de la Treille, puis à gauche la rue Ferruce et sortez de l’enceinte par la porte du Rhône.

Les remparts que vous venez de traverser ceinturent la vieille cité sur une longueur de 4330 mètres. Ils ont été édifiés à partir de 1335 pour remplacer le mur d’enceinte de la « Commune d’Avignon », du XIIème siècle, devenu trop étroit alors qu’il fallait protéger la ville des routiers et des Grandes Compagnies qui faisaient de fréquentes incursions dans la région.

Le pont d'Avignon

De là, vous découvrez le célèbre Pont d’Avignon. Construit, selon la légende, à la suite d’un miracle du petit berger ardéchois Bénezet, le pont était achevé en 1185 et comportait 22 arches sur une longueur de 900 mètres. Le pont Saint Bénezet fut détruit presque entièrement par Louis VIII en 1226 après un siège mémorable de la ville, les avignonnais ayant pris le parti de Toulouse et des Albigeois dans la fameuse guerre contre les cathares. Réparé, rehaussé, il fut par la suite de nombreuses fois emporté par la fougue du Rhône.

Dès le XVIIème siècle, on le laisse se dégrader. Sous une des arches du pont en ruine, dans l’île de la Barthelasse toute proche, s’était installé une guinguette dont le bal, très populaire, aurait inspiré une chanson non moins populaire. Ainsi, à l’origine, on aurait vraisemblablement dansé « sous le pont » et non « sur le pont » comme le veut le célèbre refrain aujourd’hui connu dans le monde entier.

Après être passé sous le pont, vous prenez à votre droite le passage taillé dans le rocher pour permettre l’accès au parking souterrain. A votre droite, vous avez le Châtelet qui gardait l’entrée du pont et qui constitue l’accès à la visite. Laissez à votre gauche l’entrée du parking et prenez tout droit, par le passage piétonnier, la rue de la Grande Fusterie.

Le nom de cette rue évoque l’ancienne activité de ce quartier où étaient installés les marchands de « fustes » ou bois, bois de construction qui le plus souvent arrivait par flottaison sur le Rhône jusqu’à Avignon. Aux n° 63-65, maison dite de « Pogadour » (le payeur de la légation d’Avignon) ; au n°29, façade gothique (XVème siècle) de l’ancienne Hôtellerie du Chapeau Rouge. Aux n° 8-10, Hôtel de Tertulle (Xvème siècle) aujourd’hui Maison de Saint-Vincent de Paul consacrée à un lycée privé d’enseignement professionnel.

Au bout de la rue, tournez à droite dans la rue Saint Etienne que vous suivez jusqu’aux remparts. Par la gauche ensuite, vous arriverez à la place Crillon au niveau de la porte de l’Oulle.

Balade dans les rues de la ville

Cette place porte depuis 1843 le nom du brave Crillon, héros vauclusien, l’un des plus brillants capitaines de son temps, qui servit cinq rois, de Henri II à Henri IV, dont il fut très estimé. Auparavant, elle se dénommait place de la Comédie à cause du théâtre qui s’y trouvait. A l’époque classique, les représentations théâtrales se donnaient dans un jeu de paume ayant appartenu à Nicolas Mignard, dans l’actuelle rue Bouquerie, celui-là même où Molière donna la comédie en 1655 et 1657.

En 1732, après son effondrement, une société par actions se forma pour construire un vrai théâtre. Le projet fut confié à Thomas Lainée (1682-1739), architecte qui fut employé au château de Versailles et qui laissa de nombreux témoignages de son art à Avignon. Dès 1734, la nouvelle salle pouvait fonctionner. Elle fut utilisée jusqu’en 1824, date de l’ouverture d’un nouveau théâtre sur la place de l’Horloge. L’édifice construit par Lainée fut alors vendu, l’intérieur détruit et la façade dégradée. Depuis les années 1990, grâce à une importante restauration, cette façade a retrouvé à peu près son aspect primitif.

La place Crillon, au XIVème siècle faisait partie du Limas qui a laissé son nom à l’une des rues qui y aboutit. Ce mot de « Limas », du latin « limaceus » signifiant boiteux, désignait les terrains gagnés sur le Rhône à l’extérieur des anciens remparts de la commune.

Au n°21 de la place se trouve l’immeuble de l’ancien hôtel du Palais Royal, devenu après la Révolution l’auberge du « Palais national ». Entre autres célébrités, il accueillit le général Bonaparte avant son embarquement pour l’Egypte, le 19 floréal de l’an VI, ainsi qu’à son retour le 19 vendémiaire de l’an VII. C’est dans cet hôtel que fut assassiné, le 1er août 1815, le maréchal Brune, victime de la Terreur Blanche.

Prenez à présent la rue Folco de Baroncelli, à gauche de l’ancienne comédie, puis sur votre droite la rue Joseph Vernet

La rue doit son nom à Joseph Vernet (1714-1789) peintre de marines, le plus célèbre de cette dynastie d’artistes originaires d’Avignon et dont le musée Calvet détient quelques unes des œuvres. La rue s’appelait dans le temps rue Calade à cause de son pavement, jadis généralisé dans Avignon, constitué de galets de quartzite roulés provenant des terrasses quaternaires du Rhône.

Aux n° 7, 9 et 11 correspond l’hôtel de Tonduti-Lescarène, qui possède également une très belle façade à l’opposé, aux n° 17 et 19 de la rue Petite-Fusterie. François de Tonduti, jurisconsulte et astronome qui fit bâtir cette maison, la fit décorer par Nicolas Mignard en 1658-1659. L’ensemble des décors, témoin important de l’art décoratif du XVIIème siècle, a malheureusement été déposé et vendu. Certains éléments, comme les « quatre saisons » ont pu être acquis par le musée Calvet.

Aux n° 21 et 23, se trouve la maison Bouchet. Pierre Bouchet, commerçant, notable avignonnais qui fut troisième consul de la ville avant la Révolution, acheta cette bâtisse en 1784. Elle garde le souvenir du capitaine Bonaparte, qui y trouva refuge au moment de l’insurrection fédéraliste contre la Convention en 1793. Il y fit un second séjour quelques mois après pour se remettre d’une fièvre paludéenne. C’est durant ce second séjour, en août 1793, qu’il écrivit le célèbre « Souper de Beaucaire » destiné à exposer et diffuser les thèses jacobines.

Au niveau du croisement avec la rue Saint Agricol, vous découvrez la Chapelle de l’Oratoire. Les plans de cet édifice, dont les travaux commencèrent en 1713 sur commande des Oratoriens, ont été inspirés par ceux des la chapelle de l’ancien hôpital de la Charité à Marseille, attribués à Pierre Puget. La chapelle fut consacrée en 1750. Après avoir accueilli pendant la Révolution les séances du Club patriotique, l’édifice devint en l’an II magasin des poudres et salpêtres. Il fut rendu au culte en 1825, et sert aujourd’hui aux offices de l’aumônerie du Lycée Mistral.

Au n° 33, l’hôtel de Raousset-Boulbon, vraisemblablement reconstruit après 1769, par Jean-Baptiste Franque dans le style de l’hôtel contigu de Brancas de Rochefort.

Au n° 35, l’hôtel de Brancas de Rochefort construit par Jean-Baptiste Franque à partir de 1716 ne fut jamais totalement fini. Après avoir abrité à une époque récente un commissariat de police, ces locaux furent les témoins de la renaissance de l’Université d’Avignon dans les années soixante.

Au n° 34, l’hôtel de Suarez d’Aulan fut reconstruit en 1785 par les soins de l’architecte Ange-Alexandre Bondon. Au XIXème siècle, il devint école des Frères des Ecoles Chrétiennes, puis collège d’enseignement public, très défiguré par des transformations modernes.

Tournez à droite pour prendre la rue d’Annanelle que vous suivrez dans toute sa longueur jusqu’au lycée Frédéric Mistral, puis tournez encore à droite pour prendre la rue Victor Hugo qui repart vers l’intérieur de la ville.

Le nom de Saint Dominique donné à cette porte du rempart évoque le souvenir de l’ancien couvent des Dominicains, l’un des plus anciens, des plus grands et des plus prestigieux d’Avignon. Il occupait l’emplacement de ce quartier devenu au siècle dernier zone résidentielle et où s’élevèrent rapidement de très remarquables hôtels particuliers.

On attribuait la fondation de ce couvent à Saint Dominique lui-même en 1220. Il accueillit le pape Clément V lors de ses voyages à Avignon entre 1309 et 1314. L’église, reconstruite en 1330, possédait trois nefs avec dix-huit chapelles latérales, tandis que neuf autres chapelles donnaient sur le déambulatoire du chœur. Ornée de magnifiques œuvres d’art, elle vit le couronnement des papes Benoît XII et Clément VI, la canonisation de saint Thomas d’Aquin ; quatre-vingt cardinaux et cent cinquante évêques y avaient leur sépulture. Transformé en fonderie au lendemain de la Révolution, l’ensemble des bâtiments fort dégradés par manque d’entretien et menaçant ruine fut entièrement démoli dans la première moitié du XIXème siècle sans que rien ni quiconque ne s’oppose à cet acte barbare.

Au n°17, le musée Louis Vouland est installé dans l’un de ces hôtels particuliers construits à la fin du XIXème siècle sur l’emplacement de ce couvent. Le musée porte le nom de son fondateur, riche industriel collectionneur, qui acheta cette maison dans l’entre-deux guerres et qui mourut en léguant ses biens à la Fondation de France, à la stricte condition que l’on fasse de cette maison un musée où seraient présentées au public ses collections. Collections prestigieuses de meubles et objets représentatifs des XVIIème et XVIIIème siècles, où l’association de chef-d’oeuvres de grands ébénistes, de faïences, porcelaines, pièces d’orfèvrerie, tapisseries, le tout bien mis en valeur, donnent pour résultat l’un des rares et très agréables musées d’arts décoratifs de la région.

Continuez la rue Victor Hugo pour retrouver la rue Joseph Vernet dans laquelle vous vous engagez à nouveau en tournant à droite.

Au n° 58, l’hôtel de Bassinet, élevé entre 1705 et 1710, présente de beaux décors en façade.

Au n° 65, l’hôtel Villeneuve-Martignan abrite le Musée Calvet. Bâti au milieu du XVIIIème siècle entre cour et jardin sur des plans réalisés par Jean-Baptiste Franque, cet hôtel constitue la plus vaste et la plus somptueuse des demeures aristocratiques d’Avignon. Il fut acheté par la Ville en 1833 pour y installer le musée Calvet. Celui-ci doit son nom au philanthrope et mécène Esprit Calvet qui en fut l’initiateur par testament, volonté qui se matérialisa à sa mort en 1810.

Son histoire, complexe, en fait aujourd’hui un musée classé, jouissant d’un statut particulier et géré par un conseil d’administration présidé par le maire. Sa rénovation, devenue indispensable, fut votée par le Conseil Municipal en 1986. La richesse et la diversité de ses collections en font l’un des dix premiers musées de province de France. Collections très diversifiées, basées cependant sur deux fonds importants, celui de l’archéologie (antiquités égyptiennes, grecques, romaines,…) et celui des beaux-arts.

Au n° 67, se trouve l’hôtel de Raphélis de Soissans dont les locaux sont affectés au musée d’histoire naturelle. Celui-ci est désigné par le terme de Museum Requien, du nom d’Esprit Requien (1788-1851), savant naturaliste de renommée internationale et considéré comme le second fondateur du Musée Calvet. Riche de collections scientifiques importantes, accessibles aux chercheurs, centrées sur la géologie, la conchyliologie, la botanique (5ème herbier de France avec quelques 300 000 échantillons), doté d’une abondante bibliothèque publique (plus de 5 000 ouvrages scientifiques anciens et modernes), le musée est pourvu de salles d’exposition visitables au rez-de-chaussée.

Au n°64, la maison du chanoine Rougier, construite dans la seconde moitié du XVIIème siècle.

A l’angle de la rue Joseph Vernet et de la rue Saint Charles, on découvre les seuls restes bien visibles des remparts de l’époque de la Commune, des XIIème et XIIIème siècles.

Cette enceinte romane, bien que détruite, a conservé une grande importance car elle commande encore la topographie d’Avignon et nombre d’appellations anciennes de ses portes sont restées attachées à des rues actuelles. Il est aisé d'en reconnaître le tracé sur le plan de la ville en suivant une enfilade de rues courbes rue Joseph Vernet, rue Henri Fabre, rue des Lices (au nom évocateur), rue Philonarde, rue Paul Saïn, rue Campane... Ce puissant système défensif constitué par une double ligne de murailles et de fossés tint en échec durant trois mois le roi de France Louis VIII qui, alors en croisade contre les Albigeois, fut obligé en 1226 de faire le siège de la ville qui s’était alliée au comte de Toulouse.

Prenez à votre droite la rue Saint Charles

Dès le croisement, l’église qui se présente devant vous marque l’emplacement de l’ancien séminaire Saint Charles de la Croix. Les bâtiments furent commencés en 1720 par Jean-Baptiste Franque ; la chapelle édifiée entre 1753 et 1758 est un chef-d’œuvre quant à l’appareillage de ses murs et de ses voûtes. Après diverses affectations depuis la Révolution, les bâtiments ayant résisté à la pioche des démolisseurs (chapelle et construction du cloître) accueillent actuellement le Service Archéologique Départemental.

Poursuivez jusqu’au boulevard Raspail, que vous empruntez en tournant à gauche

Deux belles façades sur jardin attirent l’attention. Il s’agit des hôtels Galéans de Gadagne et de Caumont édifiés au milieu du XVIIIème siècle, restaurés et réunis pour accueillir la Faculté des Lettres d’Avignon. L’hôtel de Caumont accueille actuellement la collection d’art contemporain Yvon Lambert. L’Ecole des Beaux-Arts s’est installée dans l’hôtel Galéans de Gadagne.

Après avoir dépassé ces deux bâtiments, prendre à droite la rue du Portail Boquier

Le portail Boquier ou de la Bouquerie était celui des bouchers. Aménagé dans le rempart de la commune, il donnait accès aux abattoirs relégués dans la banlieue, avec les établissements insalubres.

A l’endroit où la rue fait un coude, vous découvrez la façade de l’ancien noviciat des Jésuites. La chapelle consacrée en 1611 sous le vocable de Saint Louis, constitue le premier édifice baroque d’Avignon. Les bâtiments disposés en quadrilatères autour d’un vaste préau sont dus à l’architecte François Royers de la Valfenière. Devenu après la Révolution succursale de l’hôtel des Invalides de Paris, il accueillera après 1850 les invalides civils et les personnes âgées, connu dès lors comme « Hospice Saint Louis ». Aujourd’hui, les bâtiments sont en partie occupés par un hôtel de tourisme, le Centre National du Théâtre et le Festival d’Avignon.

Remontez le cours Jean-Jaurès en tournant à gauche jusqu’au petit jardin, où nous invitions à faire une pause.

Le square Agricol Perdiguier qui vous offre l’ombre de ses tilleuls et de son magnolia doit son nom à un célèbre compagnon menuisier du Devoir de liberté, dit aussi « Avignonnais-la- Vertu » qui fit le récit de son tour de France dans les « Mémoires d’un compagnon » publiés en 1854. Considéré comme apôtre du Compagnonnage, on peut voir dans le jardin sa statue réalisée par J.-P. Gras.

L’église est celle du monastère-collège de Saint-Martial dont les vestiges du cloître occupent une partie du jardin. Installés depuis 1363 en ce lieu par le pape Urbain V, les Bénédictins de Cluny y fondèrent un collège en 1378, avec l’aide du Cardinal Pierre de Gros. L’église fut terminée en 1388. Utilisés pour le musée Calvet jusqu’en 1833 et pour le musée d’Histoire Naturelle jusqu’en 1989 sous la conservation du célèbre naturaliste Jean-Henri Fabre, ces bâtiments, amenuisés par le percement du cours Jean-Jaurès, accueillent successivement la Recette principale des Postes, puis l’Office de Tourisme, tandis que l’église était affectée en 1881 au culte le l’Eglise Réformée.

Prendre la petite rue Agricol-Perdiguier qui longe le square au sud, et rejoignez au bout de celle-ci la place des Corps-Saints.

Au milieu des platanes, une jolie fontaine dispense son eau fraîche tout au long de l’année. A l’origine de cette place se trouvait le cimetière des pauvres et la chapelle Saint-Michel qui abrite aujourd’hui la Maison de l’Habitat. Au XIVème siècle, un tout jeune cardinal choisit d’y être enterré par souci d’humilité chrétienne. Sa tombe devint vite fertile en miracles et lieu de pèlerinage. La rue qui y menait s’appela dès lors la place « du Corps-Saint ». Puis en 1674, le pont menaçant de tomber en ruine, l’archevêque fit transporter les restes de Saint-Bénèzet dans l’église des Célestins et c’est alors que cette place devint la place « des Corps-Saints.

La chapelle construite autour des restes de Pierre de Luxembourg fut à l’origine de la construction d’un monastère ordonné par Clément VII et fondé par le roi de France Charles VI. Les travaux du couvent des Célestins commencèrent en 1394, mais l’église prévue sur le plan le plus vaste ne fut jamais terminée. Toutefois, Clément VII y fut inhumé, et au XVIIème siècle elle était l’une des plus somptueuses et des plus riches en oeuvres d’art de la ville. Dévasté à la Révolution, l’édifice est récemment devenu propriété de la Ville.

Le cloître accueille chaque année des spectacles dans le cadre du Festival d’Avignon.
A partir de la places des Corps-Saints, prenez la rue Saint Michel, et en longeant l’arrière des bâtiments des Célestins, rendez-vous jusqu’à la porte Saint-Michel, reconstruite au siècle dernier par Viollet-le-Duc.

Tournez à droite et, en suivant l’intérieur des remparts, rejoignez le cours Jean-Jaurès que vous remonterez en tournant à droite, vers le centre-ville

Le cours Jean-Jaurès, primitivement cours Bonaparte, fut percé à partir de 1856 pour relier la gare au centre de la ville.

La caserne Hautpoul que vous venez de contourner a été édifiée entre 1860 et 1870 dans les jardins de l’ancien couvent des Célestions. C’est aujourd’hui la Cité administrative.

Après le cours Jean-Jaurès, emboîtez la rue de la République qui lui fait suite à l’endroit où d’arrêtent les platanes et où se situe l’Office du Tourisme. Prenez la première rue à droite, la rue Frédéric-Mistral.

La rue doit son nom au grand poête Frédéric Mistral (1830-1914) qui fut l’artisan de la Renaissance Provençale, initiateur du Félibrige, auteur de Mireille et nombre d’autres non moins beaux poèmes ainsi que d’un important dictionnaire provençal-français, « Le Trésor du Félibrige ». Cette gloire du terroir, né à Maussane et qui reçut le prix Nobel de littérature en 1904, fit ses études dans le lycée qui porte aujourd’hui son nom, et qui à son époque se situait dans cette rue, à l’emplacement de l’ancien collège des Jésuites.

L’église, située au début de la rue, mais dont la façade domine majestueusement la rue de la République, est l’ancienne chapelle de ce collège de Jésuites. Conçue par François Royers de la Valfenière, elle fut édifiée entre 1620 et 1661 dans le style dit « Jésuite ». Elle abrite depuis 1933 les collections lapidaires du musée Calvet.

Suivre la rue et passer sous l’arceau qui servait de lien entre les bâtiments de l’ancien établissement scolaire ; au bout, prendre à gauche la rue du Laboureur

Vous découvrez alors la Livrée Ceccano, où se trouve aujourd’hui la bibliothèque municipale. Il s’agit d’un palais cardinalice édifié vers 1340 pour le cardinal Annibal de Ceccano, archevêque de Naples. Occupée par la suite par différents cardinaux, elle fut achetée par la Ville en 1569 afin d’y installer le collège des Jésuites. Après diverses extensions au XVIIème et XVIIIème siècle, le remplacement des Jésuites par des Bénédictins en 1768, la Révolution mit un frein à la vocation scolaire de l’établissement. Mais dès 1810, il devenait un lycée impérial baptisé par la suite lycée Frédéric-Mistral.

Au bout de la rue vous accédez à la place Saint Didier.

Cette place comportait au XVème siècle un puits, un arbre et une « croix couverte » à la pointe du cimetière paroissial attenant à l’église. Elle était, concurremment avec celle du Palais, le lieu ordinaire des exécutions. Le cimetière fut supprimé à la Révolution, ce qui permit l’agrandissement de la place.

L’église Saint Didier, dont le nom apparaît dans un texte dès 1068, fut entièrement rebâtie entre 1356 et 1359, grâce au legs du cardinal Bertrand de Déaux.. Elle est considérée de ce fait comme la plus représentative du gothique avignonnais. L’intérieur présente quelques œuvres d’art dignes d’intérêt : fresques du XIVème siècle, « Portement de Croix » de Francesco Laurana, … Le clocher, coiffé d’une flèche octogonale munie de crochets n’est pas moins caractéristique ; il abrite un célèbre carillon.

Si vous avez choisi d’effectuer votre balade en deux étapes : vous pouvez rejoindre votre point de départ par la rue Saraillerie et la rue Galante ; sinon, traversez la place et continuez par la rue du Roi-René.

Au n° 7, l’hôtel Berton de Crillon construit au XVIIème siècle sur l’emplacement de l’ancienne livrée de Pampelune. Les travaux furent exécutés entre 1648 et 1649 sur les plans du Bolonais Domenico Borboni à une époque où seul l’art italien faisait loi à Avignon.

Aux n° 8 et 10, l’hôtel Fortia de Montreal témoigne également du goût ultramontain de l’époque. Il fut édifié sur un projet de François Royers de la Valfenière datant de 1637. Au n° 12, l’hôtel Honorati de Jonquerettes, qui date du XVIIIème siècle, a servi comme prison de femmes pendant la Révolution.

Prenez à gauche la rue Collège-de-la-Croix puis, au bout, la rue Bonneterie à droite.

Au n° 44, l’hôtel Cambis de la Falesche, édifié aux XVIIème et XVIIIème siècles ouvre sur la rue par un grand portail à carrosses donnant sur la cour.

Prendre sur la gauche la rue de l’Olivier, en contournant les halles

Retraçons sommairement l’histoire des halles. A l’origine de la place Pie se trouve la maison d’un protestant, Jean Perrin Parpaille, décapité comme hérétique en 1562. L’emplacement de cette maison, aussitôt pillée et détruite, devint un espace libre baptisé du nom du pape régnant Pie IV.

Une première halle pour la vente des légumes fut achevée en 1624. La place s’était entre-temps considérablement agrandie. En 1765, une nouvelle halle sur arcades, due aux architectes Franque, remplaça le premier marché couvert. On y transporta l’entrepôt des grains ou « sextier ».

La halle des Franques fut abattue sous le second Empire. Le marché demeura sur la place Pie jusqu’en 1899, date à laquelle il put intégrer les nouvelles halles centrales, belle réalisation en charpente métallique. Ces dernières furent utilisées jusqu’en 1972, où elles furent à leur tour démolies pour être remplacées en 1974 par les halles actuelles, vaste bâtiment de béton abritant dans ses étages un parc à voitures.

Prendre à droite la rue Thiers, puis à gauche la rue Paul Saïn

A la hauteur de la place Pignotte, on découvre un des plus gracieux édifices du XVIIème siècle avignonnais, la chapelle de la Visitation.

Le couvent de la Visitation fut fondé en 1624 par les dames de la Visitation de Lyon et son église construite de 1631 à 1638 par les soins du cardinal Mario Philinardi, archevêque et vice-légat d’Avignon. François de Royers de la Valfenière en fut l’architecte. La façade est, avec des proportions moindres, comparable à celle de la chapelle du Collège des Jésuites.

Elle comprend deux ordres d’architecture, corinthien à l’inférieur, composite au supérieur. Les sculptures, très délicates, sont dues au ciseau de l’avignonnais Jean-André Borde.

Les Visitandines furent dispersées à la Révolution. Au XIXème siècle, les bâtiments ont abrité les religieuses du Saint Sacrement, qui les occupèrent jusqu’à une période récente.

A côté de la chapelle de la Visitation, vous pouvez admirer la chapelle de la Congrégation des Hommes. Construite par le maçon François Lamy, puis Esprit-Antoine Rocas entre 1751 et 1753, elle sert aujourd’hui de lieu de culte à la Mission italienne. Sa façade concave est joliment décorée de motifs rocaille.

Prendre à gauche rue Portail Matheron

Au n° 8, la maison appelée longtemps « la maison du crime » : une veuve Pical et sa fille y furent assassinées le 26 germinal an X (16 avril 1802). Le meurtre avait été commis par une ancienne servante qui fut guillotinée à Carpentras le 30 germinal an XI, tandis qu’une complice était condamnée à vingt-quatre ans de détention. C’est dans cette maison qu’habita Stéphane Mallarmé pendant son séjour à Avignon comme chargé de cours d’anglais au Lycée de garçons. Il y occupa un appartement meublé du 26 octobre 1867 à la fin mai 1871.

Mallarmé, qui s’était lié avec les félibres avignonnais, surtout Théodore Aubanel, reçut durant cette période la visite de nombreux amis poètes venus de Paris.

Prendre à gauche la rue Carnot, puis première à droite, la rue Petite-Saunerie. Rejoignez la petite place du Cloître Saint Pierre que vous traversez en diagonale pour emprunter un pittoresque passage couvert qui vous amène sur la place Saint Pierre.

L’église Saint Pierre, d’origine ancienne, a été rebâtie à partir du XIVème siècle. Au siècle suivant, on la reprit presque entièrement. De cette époque datent le clocher et la sacristie. La façade, qui date du premier quart du XVIèmes siècle, est la plus enjolivée de toutes celles des églises d’Avignon. Réalisée en style flamboyant, le gothique marquant vraisemblablement une certaine nostalgie de la riche époque pontificale, la façade présente néanmoins quelques éléments renaissants. Les portes, en noyer massif, réalisées en 1551 par Antoine Volard, n’ont pas leurs pareilles en Provence hormis celles de la cathédrale d’Aix.

Prendre ensuite la rue des Ciseaux-d’Or, puis à gauche la rue Peyrolerie qui vous conduit à la place de la Mirande

Cette place, qui est dominée par l’imposante masse du Palais des Papes, doit son nom à une salle d’apparat édifiée dans le Palais au début du XVIème siècle par le légat, la « miranda » ou « salle admirable ».

Au Sud du Palais, au-delà de la rue Peyrolerie (rue des peyroliers ou chaudronniers) taillée au fil des siècles dans le rocher, se dresse au sommet d’un piton l’ancien palais de la commune des XIIème et XIIIème siècles. Après avoir abrité de hauts dignitaires au XIVème siècle, l’édifice devient au XVème siècle la Vice-Gérence, siège de la juridiction fiscale et domaniale des Etats Pontificaux d’Avignon et du Comtat.

Au n°2 de la place, l’hôtel de Vervins édifié en 1687 sur des plans de Pierre Mignard a été réaménagé pour recevoir une clientèle sous l’enseigne d’Hôtel de la Mirande.

Descendez à présent la rue du Vice-Légat

Pénétrez au passage dans le Verger d’Urbain V pour contempler la très belle façade orientale du Palais.

Au bas de la rue, prenez à droite la rue Banasterie, puis la rue du Gal

Au n° 13 de la rue Banasterie, l’hôtel Madon de Chateaublanc présente une façade plus coquette que celle de l’hôtel de Vervins. Pourtant, il s’agit de la même date et du même architecte, Pierre Mignard.

Au bout de la rue du Gal, prendre à gauche la rue Armand-de-Pontmartin qui rejoint après un coude la rue Sainte-Catherine. Tournez à droite dans cette rue.

Aux n° 8 et 10, l’ancienne chapelle du couvent des religieuses cisterciennes de Sainte Catherine est devenue le lieu permanent du Théâtre du Chêne Noir.

Au n° 17, l’hôtel de Fonseca (XVIIème siècle) qui présente dans sa cour de beaux vestiges gothiques est aujourd’hui le siège du Centre Communal d’Action Sociale.

A cet endroit, prendre à gauche la rue Bertrand et rejoindre la rue Banasterie dont le nom évoque l’ancien quartier des vanniers (banasten provençal : panier). Tourner à droite après avoir jeté un œil sur la tour de Trouillas, la plus haute du Palais (52,50 m) sur le quartier de l’ancienne Manutention militaire occupé par des artisans de haut niveau (ébéniste, restaurateur, luthier, martre-verrier …) et par un centre d’animation autour du jazz et du cinéma (AJMI et UTOPIA).

En poursuivant la rue Banasterie jusqu’au rempart, vous passez devant la prison, ancien hospice des insensés ou de façon plus moderne asile d’aliénés, puis devant la chapelle des Pénitents Noirs de la Miséricorde qui s’étaient donnés pour mission de secourir les prisonniers, d’assister les condamnés, et par la suite de soigner les aliénés. La façade est due à Thomas Lainée en 1739. A l’intérieur, peintures, boiseries forment un ensemble d’une rare élégance.

Suivre le rempart jusqu’à la porte de la Ligne. Le mot ligne ou lègne vient du latin « illignus » désignant le bois en tant que matière. Cette porte, qui donnait accès au port au bois, plus spécialement le bois à brûler, se trouvait autrefois au pied du rocher, à l’extrémité de la rue Banasterie. Elle fut déplacée en 1755. En face de la porte se trouve l’ancien grenier à sel de la ville, édifié par Jean-Ange Brun entre 1756 et 1758.

Prenez à droite la rue Palarphanerie. Celle-ci doit son nom à une altération du mot « palefrenerie » désignant au moyen-âge les écuries pontificales qui y étaient installées.

Devant le lycée Aubanel, poête provençal ami de Mistral et membre du Félibrige, la place Saint Joseph garde souvenir de l’ancien couvent des Carmes déchaussés. Ce couvent de Saint Joseph, qui avait été édifié en 1640, fut remplacé au XIXème siècle par un lycée d’Etat, d’abord réservé aux filles avant de devenir, plus récemment, lycée mixte.

Au bout de la rue Palapharnerie, tourner à gauche dans la rue des Infirmières. Quelques mètres plus loin, vous êtes sur la place des Carmes dont vous pouvez faire le tour.

A l’origine, un couvent de Carmes s’était établi hors ville, entre le portail des Infirmières et le portail Matheron. L’imposante église, qui date en majeure partie du XIVème siècle et qui contient de très beaux tableaux, est devenue après la Révolution l’église de la paroisse Saint Symphorien. Grâce à cette affectation, le couvent des Carmes est le seul des ordres mendiants à avoir conservé son église et son cloître. Les bâtiments conventuels, à présent disparus, s’organisent autour de ce très beau cloître voûté d’ogives.

A la fin de l’Ancien Régime, la place des Carmes est si petite qu’on la désigne sous le nom de « planet » des Carmes. Cependant, au cours de la période révolutionnaire , la vaste église située en plein quartier populaire et progressiste va être le centre de la contestation qui se répandra de là dans toute la ville : réunions des corporations et assemblées de district en 1790, un temps siège du club des Jacobins, puis Assemblée Electorale en 1791. Ainsi, le « planet » devient en 1790 la « place le la Liberté » tandis que l’on y plante l’arbre symbole. Dès 1791, la place bénéficiera d’abaissements successifs.

En 1889, une fontaine commémorative du centenaire de la Révolution y fut inaugurée. On la supprimera dans les années 1950 afin de garer quelques automobiles.

L’extrémité de la place est dominée par le clocher des Augustins élevé entre 1372 et 1377. Sa flèche était à l’origine identique à celle des Carmes, mais elle fut tronquée vers 1562 pour y installer une cloche provenant de Montfavet. Les religieux Augustins s’étaient installés en ces lieux en 1261. Il ne reste que quelques vestiges de leur église dans les maisons construites sur son emplacement.

Revenir à la rue des Infirmières

Le nom de cette rue rappelle celui d’un ancien portail de l’enceinte de la Commune qui donnait accès, semble-t-il, à des « infirmeries » dites de Saint Lazare destinées à recueillir les lépreux hors les murs.

La rue des Infirmières longe la partie septentrionale du cloître des Grands Carmes, à proximité duquel avait été élevée en 1557 la chapelle des Pénitents Bleus, aujourd’hui disparue. Le carrefour en patte-d’oie entre la rue des Infirmières et la rue Carreterie a pris le nom de Belle-Croix, à cause d’une monumentale croix couverte qui s’y élevait depuis le Moyen-Age. La « Belle Croix » fut détruite en 1792.

Dans le prolongement de la rue des Infirmières, prenez la rue Carreterie pour rejoindre la porte Saint-Lazare

C’est à la maladrerie de Saint-Lazare, comptant déjà parmi la douzaine d’établissements hospitaliers dont était pourvue la ville avant l’arrivée des papes, que cette porte doit son nom.

Elle a longtemps conservé une allure de forteresse avec avant-corps carré relié par un pont-levis, muni de créneaux et de mâchicoulis, et renforcé aux angles par des tours rondes. C’était la porte d’apparat par laquelle se faisaient les entrées des grands personnages, d’où son nom de « porte Royale ». Les ruines de l’avant-corps furent rasées sous le Second Empire et une seconde porte percée à côté de la première en 1882.

Empruntez cette porte pour sortir de la ville et tournez immédiatement à droite pour longer le mur d’enceinte.

La première porte que vous rencontrez est celle de l’hôpital Sainte-Marthe, fondé en 1354 par Bernard de Rascas. Vous pouvez pénétrer dans le jardin pour admirer la très belle façade, longue de 175 mètres, réalisée par J-B Franque en 1745. Ce lieu a été choisi pour regrouper l’ensemble des établissements d’enseignement supérieur de la ville. L’Université d’Avignon, créée en 1303 par Boniface VIII, est l’une des plus anciennes de France après Paris et Montpellier. Après plus d’un siècle et demi de profond sommeil, elle se réveille peu à peu, depuis une trentaine d’années.

Poursuivez votre route le long des remparts.

Vous passez devant la caserne Chabran. Elle fut construite par les soins de la ville afin de permettre en 1906 l’évacuation par les militaires du Palais des Papes. Ainsi Avignon put entrer en jouissance du prestigieux monument et en entreprendre la restauration pour le bonheur de tous.

La première brèche que vous rencontrez est la porte Thiers qui fut percée entre 1869 et 1878.

La seconde brèche, que vous allez emprunter, est la porte Limbert. Elle a été réalisée en 1896 en détruisant une ancienne porte du rempart. Ce percement, destiné à améliorer la circulation en ville et éviter une asphyxie économique, a été perçu comme un acte de barbarie du maire Pourquerie de Boisserin.

Edifiés entre 1355 et 1370 sous les pontificats d’Innocent VI et d’Urbain V, les remparts d’Avignon, sur une longueur de plus de 4 kilomètres, délimitent une surface de 151 hectares, ce qui permettait alors à cette seconde Rome de devenir après Paris la plus grande ville de France.

Un large fossé, profond de quatre mètres, alimenté par les eaux de la Sorgue et de la Durançole, en défendait l’accès. Les sept portes de la ville, munies de vantaux de bois bordés de fer, que l’on fermait tous les soirs, étaient commandées par des tours précédées de ponts-levis auxquels s’ajoutaient des herses.

La muraille était haute d’environ huit mètres, et garnie de créneaux et de mâchicoulis. Elle était renforcée par trente-cinq grandes tours et cinquante tours intermédiaires plus petites.
A la porte Limbert, prenez immédiatement à droite la rue qui longe l’intérieur des remparts comme si vous repartiez à contre-sens, puis au premier carrefour, prenez à votre gauche la
pittoresque rue des Teinturiers.

Au XVème siècle, c’était le rue du Cheval-Blanc, à cause d’une hôtellerie qui se trouvait à côté du Portail Imbert Vieux. Ce n’est qu’à partir du XVIIIème siècle et à cause de son activité, qu’elle commença à porter son appellation actuelle. En effet, à cette époque, le quartier était devenu celui des indienneurs dont l’industrie était des plus florissantes. En 1734, cette activité qui faisait vivre plus de cinq cents ouvriers, fut interdite à la suite d’un accord entre le roi de France et le pape : les indiennes d’Avignon concurrençaient trop les soieries de Lyon.

Au XIXème siècle, l’industrie reprit avec la même ampleur et sur les mêmes lieux. C’est à cette époque, en 1803 exactement, que fut ouverte la partie de la rue comprise entre le rempart et l’actuelle rue Guillaume Puy. La mode changeant, l’industrie périclita à partir de 1848. En 1856, neuf fabriques occupaient encore 318 ouvriers, en 1875 il n’y en avait plus que deux.

C’est dans ce quartier qu’est né le pastis. Les Pernod, originaires du Bugey, s’étaient établis comme teinturiers. Mais, avec le déclin de l’industrie de la garance, il fallut se reconvertir. Les Pernod se lancèrent alors dans la distillerie de l’absinthe, activité qu’ils poursuivront jusqu’à l’interdiction de sa consommation en 1915. C’est à ce moment que la famille crée une nouvelle boisson à base d’anis sous le nom de « Pernod ».

Au n° 26, la maison gothique du Quatre de Chiffre est la seule d’Avignon à présenter comme décor un « quatre de chiffre », sorte de monogramme presque illisible gravé sur la façade et qui représentait vraisemblablement une marque de commerce. La date 1493 inscrite dans un petit cartouche rappelle son demi-millénaire d’existence.

Au n° 20, sur un mur au-dessus de la Sorgue, un petit bas-relief représentant une tarasque est à rapprocher du nom de le rue Puits-de-la-Tarasque toute proche.

Au n° 8, la chapelle de la Royale et Dévote Confrérie des Pénitents Gris, fondée par le père de Saint-Louis, Louis VIII, après le siège d’Avignon en 1226, remplace un vieil oratoire de la Sainte Croix où, selon la tradition, le roi serait venu faire ses dévotions. Le 30 novembre 1433, lors d’une crue subite du Rhône, la tradition veut également que le Miracle de la séparation des eaux de la Mer Rouge se soit reproduit ici : les eaux qui avaient envahi la nef s’écartèrent pour laisser passer le Saint Sacrement.

Au bout de la rue à gauche, la chapelle des Cordeliers marque l’emplacement de l’ancien couvent franciscain. Les Cordeliers furent introduits à Avignon l’année même de la mort de leur fondateur Saint François d’Assise, en 1226. Dès 1233, ils s’installèrent sur cet emplacement, hors les murs, près d’une porte de la ville. De leur église, il ne reste aujourd’hui que ce clocher au sommet tronqué et la chapelle absidiale. Cet édifice avait pourtant été élevée au rang de basilique mineure et de grandes familles y avaient leurs tombeaux.

La muse de Pétrarque, Laure de Noves, y aurait été ensevelie dans celui des Sade. C’est à la suite de l’assassinat dans cette église, le 16 octobre 1791, du notaire révolutionnaire Nicolas Lescuyer, que furent déclenchés en représailles les fameux massacres de la Glacière perpétrés la nuit suivante sur une soixantaine de détenus dans les prisons du Palais des Papes.

A l’extrémité de la rue des Teinturiers, l’ancien portail Imbert de l’enceinte des XIIème et XIIIème siècles était appelé Portail Peint à cause d’une peinture représentant les sept péchés capitaux.

Continuer tout droit en empruntant la rue Bonneterie, après la petite place tourner à gauche dans la rue de la Masse.

Cette rue doit vraisemblablement son nom à une ancienne hôtellerie située près de Saint-Didier dans la portion de rue qui porte aujourd’hui le nom de Roi-René.

Au n° 19, l’hôtel de Salvador doit son état actuel à la reconstruction qu’en entreprit Paul de Salvador en 1715. L’exécution des travaux fut réalisée par J.B. Franque père et fils. Après la place Noël-Biret, poursuivez quelques mètres dans la rue de la Masse pour vous rendre jusqu’aux vestiges de la chapelle Sainte-Claire. Le couvent des Clarisses, l’un des plus anciens de la ville, reconstruit au XIVème siècle, fut entièrement dévasté en 1790. Les murs en étaient pourtant chargés d’histoire, puisque c’est dans l’église de ce couvent qu’au matin du 6 avril 1327, Laure apparut aux yeux de Pétrarque pour la première fois.

Revenez sur la petite place Noël-Biret, du nom d’un artisan serrurier de grand talent qui a donné au Musée Calvet une collection historique de plus de 6 000 pièces de ferronnerie rassemblée tout au long de sa vie (1838-1918), la seconde de France.

Prendre à droite la rue du Crucifix, puis à gauche la rue Pétramale, du nom d’un cardinal mort en 1400 et qui possédait une livrée dans cet endroit. Au bout de la rue Pétramale, tournez à gauche dans la rue des Lices.

Le grand bâtiment à arcades que vous découvrez à présent est l’ancienne Aumône Générale. Fondée par le Conseil de Ville entre 1546 et 1557, elle avait pour but de supprimer la mendicité, de recueillir les pauvres, les vieillards, las malades incurables. L’aile centrale date de la fin du XVIIème siècle, tandis que celle de droite fut reconstruite au milieu du XVIIIème siècle sur des plans de J.B. Franque. Ces portiques, qui caractérisent l’architecture des « charités », comme à Marseille ou Lyon, disposés en quadrilatère ouvert a midi, devaient permettre de faire pénétrer au maximum le soleil tout en gardant les lieux abrités du Mistral. Au XIXème siècle, les bâtiments furent utilisés comme « la caserne des passagers », terme encore employé aujourd’hui pour les désigner.

A côté de l’Aumône Générale, au-delà de la rue Noël-Biret, la chapelle des Dames du Verbe Incarné présente une façade dont le tympan figurant une annonciation a été martelé à la Révolution. Le couvent avait été fondé en 1639 et la chapelle édifiée en 1659 ; celle-ci avait été reconstruite entre 1725 et 1728 par François et Jean-Baptiste Franque.

Prenez à gauche, entre ces deux édifices, la rue Noël-Biret. Ensuite reprenez à gauche la rue du Crucifix, puis après avoir traversé la rue Pétramale, continuez tout droit dans la rue des Etudes.

L’Université d’Avignon sous l’Ancien Régime, bien que comportant les quatre facultés traditionnelles, tenait tout entière dans des bâtiments de la place des Etudes où elle s’était installée en 1420. Elle s’y maintint jusqu’à la Révolution. Ses locaux furent détruits en 1941 et remplacés par un immeuble moderne.

Au bout de la rue des Etudes, tournez à droite pour prendre la rue des Trois-Faucon.

Au bout de la rue des Etudes, sur la droite, on peut voir les vestiges du couvent des religieuses de Saint Eutrope, tandis que sur la gauche se trouve la maison acquise par le peintre Philippe Sauvan en 1728.

En face, au n° 21 de la rue des Trois-Faucons, l’hôtel d’Albert de Luynes présente une belle façade du milieu du XVIIIème siècle, malheureusement déparée par des commerces ouverts au rez-de-chaussée.

Aux n° 4 et 6, l’hôtel de Rochegude a été édifié vers 1732. Il présente une imposante façade dont la porte est surmontée d’un beau mascaron de faune. Il est aujourd’hui propriété et siège du Comité Interprofessionnel des Côtes du Rhône.

Rejoignez à présent la place Saint-Didier. En empruntant la rue Saraillerie et la rue Galante, vous pouvez regagner votre point de départ sur la place de l’Horloge.

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