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| Ile de la Barthelasse | |||||
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Empruntez la rue Félicien-David, à gauche de lHôtel de Ville. Suivez les rues Racine, Saint-Etienne et Rempart du Rhône. Vous arrivez place Crillon. Sortez alors des remparts par la porte de lOulle. Cette brèche était lune des sept portes originelles de lenceinte du XIVème siècle. La porte fortifiée fut construite en 1785-1786 sur les plans de J.B. Péru. Comme les portes de la Ligne et du Rhône, elle se présentait sous la forme dun arc monumental. Elle était encore en très bon état lorsque le maire Pourquery de Boisserin la fit démolir en 1900 pour agrandir le passage. Cet acte souleva un flot de protestations de la part des Avignonnais. Elle était encadrée par un bureau doctroi et un café qui nont disparu que plus récemment, dans les années 70.
Depuis leffondrement du pont Saint-Bénézet, emporté par le Rhône en 1669, le fleuve ne pouvait être traversé que par bac. En 1806, le maire Guillaume Puy lança la construction dun nouveau pont, en face de la porte de lOulle. Louvrage ne fut achevé du côté de Villeneuve quen 1819. Cétait un pont de bois reposant sur une série de chevalets qui résistaient mal aux crues et gênaient la navigation.. C'est pourquoi sur le bras dAvignon, utilisé par les bateaux, il fut remplacé en 1843 par un pont suspendu édifié selon la nouvelle technique de lingénieur ardéchois Marc Seguin. Le pont suspendu fut en partie détruit par laviation alliée en juin 1944. Réparé, il fut utilisé jusquen 1960, date à laquelle fut construit le pont actuel.. Parallèlement, la liaison avec la Barthelasse se faisait avec un bac à traille qui fut abandonné en 1973 à la suit des travaux daménagement du Rhône par la C.N.R :l e bras vif étant devenu « mort », il ny avait plus assez de courant pour le faire fonctionner.
LIle de la Barthelasse surprend par son immensité. Avec ses 700 hectares dont 400 cultivables, elle constitue la plus grande île fluviale de France. Elle est limitée par deux bras du Rhône : le grand Rhône côté Villeneuve et le petit Rhône côté Avignon, appelés aussi bras vif et bras mort. Suivant les caprices du fleuve, les îles du Rhône furent variables en nombre et en dimensions au cours des siècles. Certaines finirent par se rattacher à le rive gardoise, dautres à la rive vauclusienne. Dautres encore, constituant une sorte darchipel à géographie instable, finirent par se souder entres elles pour ne former aujourdhui quune seule île, la Barthelasse, dont la partie Sud conserve le nom dîle de Piot. Lensemble actuel se présente donc comme une mosaïque, une sorte de puzzle, dont les pièces les plus anciennes sont déjà citées dans les textes des XIIème et XIIIème siècles, telles « Argenton » ou « Barnoin ». Lîle qui servit par la suite à désigner lensemble ainsi constitué, et qui nétait pas la plus grande, se serait appelée primitivement « Mairanicas », daprès un texte de 1033. Certains auteurs émirent sur ce nom une hypothèse étymologique qui pour nêtre pas convaincante, nen est pas moins amusante : « Mairanicas » viendrait de deux mots grecs : « maïré » signifiant canicule et « niké » traduit par victoire ; ainsi le nom de cette île aurait pu vouloir dire « victoire sur la canicule » ou « fraîcheur ». Toutefois en 1531, un texte cite « lîle dite de la Barthelasse » : notre île a pris dès lors son nom. Mais quelle en est lorigine ? Cest en 1447 quun Avignonnais, Jean Richard dit « Barthelucius », prit en bail emphytéotique la majorité des îles du Rhône entre Villeneuve et Avignon. Il fit un acte de reconnaissance en faveur du roi Charles VII et de labbé de Saint-André, tous deux seigneurs en paréage de Villeneuve. Lhomme sema uniquement du blé, obtint des résultats inespérés et senrichit rapidement. Son nom passa à la postérité sous la forme de « Barthelasse »
Au siècle dernier et durant la première moitié de ce siècle, la jeunesse avignonnaise aimait à se rencontrer sous les arbres ou les platanes de Bagatelle. Bagatelle avait son « Champ de Mars » où un grand carrousel fut donné en mai 1858 par le 7ème Régiment de chasseurs à cheval, à loccasion de lérection de la statue du Brave Crillon sur la place de lHorloge. De la Belle époque, longtemps le vélodrome inauguré en 1891 a survécu. Il délimitait le stade de football au pied du pont. Souvent sur ce stade avaient lieu des rencontres de motoball. Bagatelle avait également ses arènes, de petites dimensions certes, mais suffisantes pour les courses à la cocarde, que complétaient parfois une « charlottade » et une mise en piste de vaches aux cornes emboulées pour la plus grande joie des jeunes. Un grand chambardement sest fait juste après la guerre. On nalla plus danser le dimanche au Pavillon Bleu, Bagatelle devint terrain de camping, les arènes furent rachetées pour y faire une piscine, le vélodrome laissé à labandon finit par être détruit, sûrement pour « faire propre ». Le chemin des Berges rejoint, par un passage interdit aux automobilistes, le chemin des Canotiers. Le chemin de Dardène rejoint le chemin de la Barthelasse Le chemin passe devant lécole de la Barthelasse. Cest un bâtiment de plus pur style « IIIème République », construit en 1895, dont les pierres de taille sont peintes en rouge pour imiter les parements de briques caractéristiques des bâtiments officiels de lépoque. Lécole est surélevée pour se préserver des inondations. Elle comprenait un logement pour un garde, un poste de pompier et deux cloches pour appeler les secours en cas de grosse crue.
Après le virage, le chemin se poursuit sous le nom de chemin des Pêchers et conduit au château de la Barthelasse. Du portail, vous pouvez apercevoir les tours du château derrière les cerisiers. En 1561, Jean de Fogasse achète les terres et la seigneurie de Barthelasse à Michel Burlat. En 1566 le Roi de France Charles IX confirme ce titre. Par cette décision, le Roi entend marquer les limites de son royaume par rapport aux états du Pape, et fait planter deux bornes à ses armoiries aux extrémités de lîle. Il oblige Fogasse à élever un château selon des indications très précises. Le château devait en particulier posséder : « un portail avancé jusques aux bords du Rhône, sur le haut duquel seraient les armoiries du Roi et au plus haut au-dessus dicelui un fanal de pierre vitré où la nuit, dans les grands vents, arbre et brusle une grosse lumière pour servir de phare et guide aux patrons qui conduisent la nuit les voyageurs ou autres barques ». Le seigneur de la Barthelasse exécuta point par point les ordres du Roi. Le château est encore debout, seules les toitures ont été modifiées. Le portail et son phare ont disparu.
Par transaction, Jean de Fogasse en 1630 sengage à faire construire une église à condition que le vice-légat, Mgr Philonardi, et le chapitre de la cathédrale, lérigent en paroisse. Une bulle du Pape Innocent X du 27 octobre 1644 confirme lélévation de la Barthelasse et des îles adjacentes au rang de paroisse sous le vocable de Saint-Joseph. Les fondations de léglise furent bâties sur une faible hauteur et on en resta là. Lenclos formé par les murs servit de cimetière, ce quil est encore aujourdhui, à proximité du château. Les offices étaient alors célébrés dans la chapelle du château et cela jusquen 1864. A cette date, les habitants de lîle construisirent léglise actuelle, plus vaste et située plus centralement. Les cyclistes munis de V.T.T. peuvent emprunter le chemin des Pommiers jusquà ce quil ne soit plus goudronné Vous arrivez dans un vaste espace caillouteux. Suivez alors les digues de lancien bras de Villeneuve, ou « Lône de la Liberté », qui sépare la Barthelasse de lîle de la Motte. Une Lône est un ancien bras du fleuve encore en eau. Son débit est très faible : 2m3 par seconde. Ces lones sont parmi les seuls milieux naturels humides du département. La végétation ripisylve est constituée de peupliers blancs et noirs, de saules, dormeaux, daulnes, arbres que lon sattendrait à trouver dans des régions beaucoup plus septentrionales. Ces bosquets sont peuplés dune faune nombreuse et peu fréquente en Provence. Les zones naturelles de lîle abritent des oiseaux nicheurs : éperviers, milans noirs, busards cendrés, poules deau. La vallée du Rhône est un important couloir de migration. Certaines espèces y font escale, dautres y passent lhiver. Les lônes et les contre-canaux retiennent des espèces plus originales : petits échassiers, hérons cendrés, hérons pourprés, canards colverts, canards plongeurs, cormorans, balbuzards pêcheurs. En hiver, les plans deau servent de refuge aux canards, aux grèbes, aux cormorans, mouettes et goélands. On y rencontre également une forte population de lapins de Floride lachés illégalement par les chasseurs, ainsi que des ragondins, espèce dAmérique du Sud, issue danimaux élevés pour leur fourrure, échappés de captivité. Ces animaux posent des problèmes de gestion car ils se reproduisent très rapidement aux dépens des autres espèces. Une partie de ces berges a été classée à linventaire des richesses naturelles de la France par le ministère de lEnvironnement en tant que Zone naturelle dIntérêt Ecologique, Faunistique et Floristique (ZNIEFF). Cest la zone de lîle la plus préservée. Le reste de lîle, consacré à lagriculture, est fortement artificialisé depuis laménagement du Rhône.
Les travaux daménagement du Rhône à Avignon ont débuté en 1971. Ils comprennent trois ouvrages principaux : Lusine-barrage de Sauveterre, entre lîle de lOiselet et lîle de la Motte, ferme le bras dAvignon et dérive les eaux vers le bras de Villeneuve. Le barrage de Villeneuve ferme lancien bras de Villeneuve. Un canal creusé à lintérieur de lîle de la Barthelasse, amène leau jusquà lusine-écluse dAvignon. Le Rhône a été endigué sur toute sa longueur, sauf le bras dAvignon. La retenue deau ainsi aménagée fait 12 kilomètres de long et régule le débit du fleuve. La puissance de lusine de Sauveterre est de 60 MW, celle de lusine dAvignon est de 120 MW. En plus de la production délectricité, les travaux ont permis la suppression définitive des submersions sur une grande partie de lîle, ainsi que laccroissement des possibilités dirrigation des cultures. Louverture à la navigation de cette partie du fleuve a nécessité la reconstruction du pont entre lîle de la Barthelasse et Villeneuve. Le pont de pierre construit en 1909 en remplacement du pont de bois de 1819, fut détruit en 1972 et remplacé par un pont aux larges arches permettant le passage des bateaux à fort tonnage. Retraversez la route de lIslon, reprenez le chemin du Mont-Blanc puis, à droite, le chemin de Bellegarde. Après être passé devant un garage, rejoignez la route doù vous pouvez apercevoir la Tour Philippe-le-Bel. La tour élevée entre 1293 et 1307 à lextrémité du pont Saint-Bénézet, marque avec ostentation lautorité du Roi de France sur cette rive du fleuve, depuis la signature en 1226 du traité de pariage entre Louis VIII et labbé de Saint-André. En 1292, le traité fut renouvelé par Philippe-le-Bel, qui décida la fondation de la cité de Ville-Neuve, aux pieds de labbaye. Cest à la suite de la charte de paréage de 1292 que les îles du Rhône furent comprises dans les territoires de Saint-André de Villeneuve et des Angles. Cette décision fut par la suite la cause de procès interminables entre les autorités riveraines. En 1793, lors de la division de la France en départements, la Barthelasse et lîle de Piot furent maintenues languedociennes. Les populations des îles demandèrent le rattachement officiel au Vaucluse. Guillaume Puy déposa une première demande pour ce rapprochement auprès de la Convention nationale le 3 prairial An II, sans succès. Ce nest quen 1856 à la suite dune vigoureuse intervention dun conseiller général de Vaucluse, R. Lançon, auprès de lAssemblée Nationale, que le rattachement de Piot et la Barthelasse à Avignon sera prononcé.
La Barthelasse a toujours été un rendez-vous de la jeunesse qui peut sy rendre maintenant en sécurité. Mais il y a encore un siècle, cétait un véritable coupe-gorge : R. Lançon affirme dans un rapport que « tout ce quAvignon compte dindividus déclassés, perdus de réputation et surtout dangereux se réunissent dans les tripots et les cabarets mal-famés de lîle et y trament leurs complots ou y perpétuent leurs forfaits ». Par la suite la situation fut aplanie. Sous une arche du Pont Saint-Bénézet en ruine, il y aurait eu une guinguette très réputée dont le bal aurait inspiré la fameuse chanson dont lorigine reste inconnue. On dansait donc « sous » le pont et non « sur ». En 1853, Adolphe Adam utilise le refrain de la chanson dans son opéra comique « Le Sourd ou lAuberge Pleine », qui contribua énormément à populariser cette ronde. Empruntez à nouveau le chemin de Bagatelle. Dirigez-vous cette fois à droite, en direction de lîle de Piot. Lîle fut rattachée à la Barthelasse en 1812 seulement, par le comblement de lespace marécageux à laide dune chaussée. En bordure du Rhône, un quartier résidentiel sest élevé. Cest pourtant une zone qui demeure submersible, comme les allées de lOulle sur lautre rive, car ici le fleuve nest pas endigué. Au bout du chemin de lîle de Piot, faites demi-tout et rejoignez le pont Edouard-Daladier.
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